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Responsabilité intégrale JR#2

En tant qu’être souverain, adulte et relativement conscient, je reconnais que je suis intégralement responsable de mes actes, de mes paroles, de mes pensées et même de mes émotions.
Par là-même, je prends pleinement part à toutes les interactions que je vis avec tous les êtres – du moins, je cherche à le faire.

Cela ne signifie pas que je sois fier sans cesse, mais du moins que je n’ai plus à avoir honte*. Il m’arrive de commettre des erreurs par défaut de conscience, d’intelligence, de présence ou de compréhension – et je peux les reconnaître, tout seul ou … avec ton aide.
J’affirme cette « responsabilité intégrale » à l’égard de ce que j’accomplis à présent et dorénavant – de ce que j’ai accompli par le passé, bien des choses me semblent aujourd’hui insuffisamment dignes – mais pardonnables et excusables.

Pour reconnaître dans mon passé les faux-pas et les possibles trébuchements, j’emploie des formules précises qui ont des sens distincts. Je ne confonds pas le pardon et les excuses. Par ailleurs, une première formule me permet d’exprimer de la compassion quand d’autres que moi boitent ou souffrent.

Un des enjeux principaux de cet article est de clarifier les sens spécifiques de ces trois « pratiques restauratives »** afin d’éviter les malentendus.

– « Je suis désolé » est une expression compassionnelle.
Elle signifie que je me sens concerné par le vécu de l’autre. Elle ne signifie pas que je reconnaisse une erreur dans mes actes ou mes paroles.

Ainsi lorsque j’ai fait ou dit quelque chose qui provoque – directement ou indirectement – une émotion chez d’autres ou un vécu difficile, et qu’après en avoir pris conscience je dis « je suis désolé » ça signifie « je compatis avec ce que tu ressens et ce que tu vis, je peux comprendre que ça ait été déclenché – et éventuellement que j’y ai participé, contribué – et ça me touche en tout cas, je n’en reste pas indifférent ». Mais ! → ça ne signifie pas « je suis désolé d’avoir accompli ce que j’ai accompli et qui a déclenché ça ».
Je suis responsable de ce que j’ai accompli, et jusqu’à preuve du contraire je le maintiens dans notre histoire comme juste et bon, malgré la désolation partagée que ça a pu engendrer.

« Je suis désolé » peut être une formule assez légère et relativement peu impliquante, ou bien témoigner d’une solidarité très profonde, selon les situations.

– « Je te demande pardon » est une expression responsable.
Elle signifie que je reconnais dans mes actes ou dans mes paroles passées une erreur – ou quelque chose qui aurait « pu être mieux » en tout cas. Elle ne signifie pas que je me sente coupable et que je demande à ce qu’on me console, qu’on me donne l’absolution.

En regardant ce que j’ai accompli et ce que ça a déclenché, je peux voir que si je m’y étais pris autrement, ça aurait – peut-être au moins – eu des conséquences plus heureuses, et que je reconnais ce que ça a déclenché comme dommage. Un ou des dommages dont je suis – au moins pour une part – l’auteur. Il ne s’agit pas d’en avoir des remords mais de développer de la compréhension, pour pouvoir proposer réparation.
Pardonner est l’inverse de regretter : nous ne pouvons pas revenir sur ce qui a été accompli, mais nous pouvons – peut-être – contribuer à restaurer ce qui en nous a été abîmé, brisé, . Parfois d’autres actes symboliques et pratiques semblent nécessaires pour cela. Demander pardon est tendre une main pour qu’elle puisse être saisie, mais aussi pour qu’on puisse y déposer un éventuel fardeau, demande réciproque d’acte de réparation par exemple, ou charge émotionnelle qui doive être écoutée.

« Je te demande pardon » ouvre ou participe d’un dialogue toujours plus vaste. C’est une formule magique car elle condense un immense horizon de sens. Ce n’est pas une formule magique qui suffirait toute seule à faire le job.

– « Excuse-moi » ou « je t’excuse » sont des expressions contextuelles et transitoires.
Elles signifient que je n’ai pas encore tout considéré de la situation dont il est question, que je reconnais y avoir pris part en même temps que toi, et que nous avons eu des raisons de le faire : des « excuses » peut-être. Je ne suis pas prêt à demander pardon / à pardonner car les (prises de) responsabilités ne sont pas encore claires, et ce n’est peut-être pas le moment encore de vivre pleinement le mouvement compassionnel – mais il se prépare.

Si je te demande ou te propose de nous excuser, c’est pour acter le fait que j’ai entendu qu’il y a quelque chose qui va de travers, qui peut provoquer chez nous de l’insatisfaction et que nous y sommes liées. Il conviendra – peut-être – de le regarder avec davantage d’attention, et je me tiens prêt à le faire bientôt si c’est toujours vivant alors. C’est une proposition de remettre à plus tard ce qui nous concerne, afin de poursuivre l’action en cours sans que les charges réveillées ou levées là ne l’impacte trop. Comme au tarot : je reste avec ce qui est dans mon jeu, et l’excuse se remplace dans le tien par une défausse qui n’impacte guère le résultat futur.

Si tu me réponds « ça ne suffit pas », j’entendrai qu’il convient d’interrompre plus nettement l’action en cours et de prendre sans plus tarder un temps d’écoute plus profonde pour savoir où l’on en est. Ainsi « excuse-moi » ou « je t’excuse » sont au fond des formules de temporisation – mais parfois, cela suffit et il n’y aura pas besoin de revenir sur la situation : nous saurons dénouer chacun-e de notre côté les choses, ou tel accomplissement renversera les équilibres momentanément dysharmonieux.

* La fierté est une joie tranquille et humble à l’égard de ce qui est en effet accompli. Attention ! Le furtif orgueil vient souvent égorger ou se greffer au cheval de fierté – qui lui n’est jamais ni arrogant ni prétentieux, malgré son beau maintien.
La honte est une forme de culpabilité mentale surajoutée à de la gêne. Elle n’existe pas dans la nature en-dehors de l’humanité (et de ses avatars domestiques). Elle est typiquement bourgeoise, le « linge sale » de la famille dont les tâches ont bien du mal à se laver hélas, de sorte qu’on préférera souvent cacher les vieux draps ou les donner aux pauvres.

** Pratiques & Justice restauratives (#JR) : cf. ailleurs sur ce blog avec l’onglet de recherche à droite ? ou ailleurs sur internet (^;

Un tableau de Marie-christine Laurent… trouvé ainsi balafré sur wikimedia.
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