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Peau-Aime

Peau-aime

de Guiligui

(illustrés par qui ?)*

 

***

 

Par où finit ce qui commence ici ?
Comment commençait déjà ce qui finit là ?

Perdu-e dans le temps je ne sais jamais,
du jour, de l’an ou de l’instant,
ce qui dure toujours et ce qui passe en secret.

Si je te dis « Pas le temps »,
c’est bien trop haletant !
Regarde droit dans mes yeux,
dis l’heure que tu veux.

Tout joue, tout bouge…
On y voit rouge !
Le temps s’en va,
l’amour est toujours là.

J’aime cette fleur du matin !
Je l’aimerai de tout cœur encore,
quand elle sera fanée demain.

Tu aimes toucher la peau de ma main :
tu la caresseras toute ridée
tout aussi fort, tout aussi bien.

 

***

 

Quatre saisons

L’hiver est-il tout gris sous la pluie ?
Non car règne le souffle de l’esprit,
et la lumière drue du jour
ou même de la nuit.

Le houx et le gui sont les gardiens du vert
quand toutes les feuilles sont parties,

et l’araignée et l’herbe et le feu qui crépite et rit encore,
du rouge, du noir anthracite et de l’or.

 

***

 

Germe et pousse,
printemps qui passe au travers des neiges !

Te voilà là, la primevère, humble soleil !
Chances blanches, vermeilles, rousses :
percevons-nous ce qui perce partout et pousse ?

Vous voilà chaleureux rayons,
qui réchauffent nos maisons,
tendre lumière, déséquilibre doux !
Libres comm’ l’air, cette saison et nous !

 

***

 

L’été, où est-il ?
Je me sens si bien partout sur son île.

Mince, il est parti ? Où a-t-il été ?
On ne saura pas, tant il était là !
On s’en souviendra bien après,
après avoir encore gelé.

Bain de lumière, douche d’orage,
mouvements fiers, sauvage horizon !
Nous traversons à plein poumons
cette vie folle qui s’envisage.

 

***

 

Feuilles mortes, fruits murs,
Chaude lumière, humide murs,
tu joues avec le contraste, automne !

Les heures sonnent…
Nos sages feux grillent les chataignes, compotent les pommes,
Ton feu fou fait tourner les règnes, pleurer les hommes.

 

***

 

Trois maisons

Dans la Dure Maison, tout est froid.
Le feu prend toujours mal, la cheminée ne tire pas : paresse, humidité biscornue.
Les paroles tranchent, les couteaux s’émoussent. Seul dure ce qui est pointu.
Fuyons cette maison !

Peut-être serons-nous plus à l’aise
dans un grenier à grain ou au creux d’une falaise…

 

***

 

Dans la Mai-foi-son, on trouve de tout, mais à foison – c’est-à-dire qu’il y en a beaucoup.

Beaucoup de rires, beaucoup de larmes,
beaucoup de chants, beaucoup de drames,
plein de culottes et des tonnes de spaghetti,
à gaver de gavottes, grave d’esprit, idem même d’âme et ras-le-bol de confettis.

On n’manque de rien, sauf parfois de silence… alors on sort dans le jardin, on marche un peu plus loin – car sur la terrasse on danse et les flons-flons portent jusqu’aux sapins.
Mais là derrière, près du ruisseau, entre les pierres mouillées et deux arbrisseaux, il y a une fourmilière. On peut s’accroupir pour regarder cette vie-là, simplicité de l’abondance : des œufs et du miellat, la terre, quelques brindilles et voilà. L’aventure sans cesse, la quête, l’ouvrage, et toujours surtout se caresser pour se dire bonjour.
Antennes polies, antennes sages : bonnes ondes qui captent encore peut-être les meilleures fréquences de la wifi des boxs de la mai-foi-son.

 

***

 

À peine entréEs, le rêve a déjà commencé : dans la maison tout est à lui.
Tu peux te réveiller sans bruit, et puis, commencer à jouer…

Après la nuit, tiré
E du lit, levé du jour nouveau, un tour à leau !
Quelle est la salle alors où l’on déboule ? La grande salle de bal des bulles ?
Bain du soir délasse l’histoire ! Shampooing du matin stimule les mains !
Dans ta baignoire joli tu tournes en rond ? Regarde un peu mieux le plafond !
T
e voilà belle mon amie ? Vole à tire d’aile au loin ! ou bien juste là par ici…

Oui tout droit te conduit la faim : quelle est la pièce alors où l’on s’empresse ?
Pardi, l’usine à salaisons, la zon de bouche des grands frissons,
La cuisine de la maison ! Ici pas d’grammaire, que d’la matière !

– Et si lhistoire ouvre la porte, dis ? / – Oui !
Dans la chambre ombragée, entre le chant de l’arbre et les jouets allongés, tout est calme.
Faudrait-il ranimer le rêve endormi ici ? Ou peut-être patience, palme :
Un jour à genoux / tombera l’or / sur un amour si doux / juste avant l’aurore !

– Et si lhistoire ouvre la porte, dis ? / – Oui !
Dans la maison de ma voisine, elle est grande, l’arrière-cuisine !
Dans la maison de mon cousin, elle est belle, la salle de bain !
Dans la maison de M’sieu Garga, il y a toujours du chocolat !
Dans la maison de Nicolas, on peut jouer à glisser comme ça !

Dans la maison-rêve, est-ce qu’on serait mieux ? Comment ce serait d’y être vieux ?
D
ans la mienne, il y a des jeux, il y a nous deux… parfois on y est heureux-SES !

– Laissons donc dormir qui s’endort dans la nuit, laissons le silence d’or ici.
Rentrons chez nous y rêver nous aussi… Oui.

 

***

 

Deux chansons

Si chez nous le haut c’est là,
chez les papous le bas c’est où ?
Et si là-bas le houx se plaît,
là ça vire trop chaud, le pouls !

Tout est à l’envers je l’sens…
Vous écoutez, papa, maman ?
Ça brûle la maison, je crois…
Papa, qu’est-ce que tu fais, toi ?
Ça brûl’ de partout, on dirait…
Maman, est-ce que tu le sais ?

J’ai peur, j’ai peur, ça sent mauvais,
le savon s’en va dans l’égoût,
pas moyen de laver ces mains,
mêm’ la mer n’y peut rien du tout !

Pourquoi tout le monde il pleure ?
Pourquoi personne ne dit rien ?
Ça sonne l’heure de la ronde,
vibrant dans l’air, un lendemain.

 

***

 

Douce, la voix de ton père !
Douce, la nuit noire qui vient !
Doucement je vois tes paupières
se refermer jusqu’au matin.

Tu voudrais bien rester réveilléE tout le temps, mais
tu le sais bien pourtant que ça n’arrivera jamais…
(… ou bien ?) Tu rêves petit-e et c’est une chance de rêver.

Tendre, la lune et sa lumière !
Tendre, la caresse du lit !
Tendrement je finis de te faire
un nid chaleureux pour la nuit.

Immense, l’amour de la terre !
Claire, l’étoile du matin !
Tranquillement pour leur plaire,
garde bien confiance en demain…

Tu voudrais bien rester réveillé-e tout le temps, mais
tu le sais bien pourtant que ça n’arrivera jamais…
ou bien ? tu rêves (mon) prince-sse, comme toute une humanité.

Rêves encore, tendresse, ça pourrait se réaliser.

 

***

 

Un fanfaron

Quand le capitaine était
troublé par la reine encore,
elle avait coutume d’aller
lui chatouiller les sémaphores :
il adorait ça, iels riaient,
entre les sycomores.

Si le capitaine avait
mal à sa bedaine d’or,
pour sûr qu’il faudrait lui donner
fenouil et marjolaine encore,
et puis qu’il aille se coucher,
et dormir comme un mort.

Quand le capitain’ sera
frappé de migraine à tort,
il n’y aura plus un seul rat
pour oser trembler sur son sort :
il n’avait qu’à pas les tuer,
non mais d’abord, encore !

 

***

 

O déesse ô mère !
Qu’il y a du beau monde ici !

Nombre dans l’ombre, ouille ! et l’embrouille,
Nombre aussi dans la lumière (et tout se brouille).

Soeurs et frères, ami-e-s, ça grouille, ça oui, dans c’te fine atmosphère…

Au boulot, les gars ! Moi j’en peux plus,
j’ai faim, j’ai froid, j’ai sommeil,
je suis livide, je suis rompu,
heureusement mon amiE veille.

Toi qui as la peau si blanche,
je la caresse doucement.
Ma tête lourde, je la dépose contre toi,
et j’écoute le vent nous dire des choses.

 

***

 

Adieu, c’est la dernière page,
le temps n’est plus à prendre le temps encore,
ni de la pluie ni de la rage, ni des bisous ni de la mort,

Le temps est bientôt échu
Il est à dire à Dieu, à toi, à moi, à la rose, au chat,
au revoir, à tout de suite, à la prochaine fois, à tout jamais !

Nous reverrons-nous tu crois ?
Je sais que rien ne meurt de ce qu’on ne voit pas,
ni les histoires de reines et de lions,
ni le son des voitures qui jouent,
ni les sanglots des accordéons,
ni l’amour dans ton ventre doux.

 

***

 

* (je veux en faire un petit livre artisanal, avec des petits dessins, relié par un fil de laine, remplacer les étoiles toujours pareil par des pages qui se tournent toujours nouvelles,
mais je ne suis pas sûr de m’en occuper demain encore… alors si le cœur t’en dit…)

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