Aller au contenu principal

Articles de la catégorie ‘Uncategorized’

Un collectif qui a lieu

J’ai déjà parlé sur ce blog de ce lieu collectif, « éco » ou « tiers », que j’ai contribué à initier depuis 2013 et qui poursuit son bonhumain de ch’min en 2020…
Le site internet de l’Aronde est cassé ces jours-ci, alors je ne peux plus renvoyer dessus pour en donner un première idée. De toutes façons il n’était vraiment plus très à jour… nous ne sommes pas des fondu-e-s d’internet et des nouvelles technologies, pour l’heure dans ce collectif (ce pourquoi la page facebook n’est pas très alimentée, elle non plus). Ainsi, le réparerons-nous ? d’ici l’effondrement du net, je veux dire… inch’allah !

Alors en attendant, et aussi parce que ça concerne directement les sujets que je traite par ailleurs dans ce blog, je (re-)publie ici tous les documents qu’on trouvait sous l’onglet « Collectif » du dit-site : contributions à une anthropologie pratique des lieux collectifs, recherche-action à laquelle vous êtes tou-te-s bienvenu-e-s pour contribuer en adhérant à l’association (et alors le rôle com’ réseaux vous inscrit direct à la lettre d’infos), voire en passant sur place pendant les chantiers d’été ou les diverses convergences (bals, soirées contes, plans jeux, rencontres d’habitat partagé, etc).

Ce texte présente l’histoire ancienne de l’Aronde et les premiers éléments d’organisation collective : architecture relationnelle jusqu’en 2018 !

Ensuite, avec le nouveau collectif rassemblé fermement là, nous avons écrit une « charte » : charte de l’Aronde avril 2019, avec la conscience que c’était des intentions, et qu’on en était pas encore à la respecter vraiment, mais bon c’est déjà ça.

Pour compléter, on a aussi écrit un texte qui dit en quoi l’Aronde est un bien commun : aronde bien commun…

Et tout récemment, j’ai raconté les derniers épisodes, en demandant à tout le monde de m’aider à faire les corrections : Aronde journal du collectif hiver 19-20.

Voilà, on en est là, et même un peu après… ça continue ! et quand yaura vraiment du nouveau, je le publierai peut-être à nouveau par ici.

IMGP0021

« Sociocultures » : parution !

Ayé, c’est un livre pour de vrai maintenant.
Avec du papier, un code-barre, tout tout. Bientôt le dépôt légal.
Merci à tou-te-s celles et ceux qui ont soutenu cette aventure jusqu’à la première impression !
Merci aussi à qui soutiendra les prochains épisodes (diffusion & réimpression rapide ? amélioration graphique et éditoriale ? traduction dans 26 langues ? je suis ouvert à tout :^)

il est sorti weeyyyy

Le contenu est (presque*) exactement le même que celui disponible ici toujours en CC-by-sa einh, mais c’est quand même tellement plus confortable de lire sans consommer d’énergie fossile ou nucléaire (et que celleux qui sont chez Enercoop’ ou autre 100% renouvelable pensent à l’énergie grise des réseaux de cables et de leur-s computeur-ordinant :^)
(ok l’impression a consommé de l’énergie aussi… mais plutôt moins : en tout cas, c’était local et sympa ! merci )

Je peux l’envoyer ou le déposer sur ma route… J’ai mis ici en ligne un système de paiement pour le don correspondant – tu peux m’envoyer un message par ailleurs aussi ou bien juste cliquer et remplir le formulaire**.
C’est en participation libre et consciente, bien qu’il y ait des coûts fixes et un prix indicatif au titre du Prix Unique du Livre (et si tu es vraiment fauché-e, n’hésite pas à en parler dans les collectif où tu croises ! :^)

Voilààà, je suis content !
A. sourit, et Nama-S hoche la tête.

 

* Ya deux pages d’annexes concernant l’holo-organisation que je n’ai pas (encore) mis en ligne, pas de quoi faire mousser une grosse exclu einh, c’est des mind-maps que j’avais faits pour faciliter la bascule vers une gouvernance intégrale et un shéma d’entreprise holonique (une petite boîte de sidérurgie imaginaire :°)

** Sur HelloAsso. Des feedbacks sur cette plateforme ? C’est pratique en tout cas pour moi (enfin, ‘faudrait pas que 7,8hertz tarde trop à ouvrir ce fameux compte en banque :^) https://www.helloasso.com/associations/7-8-hertz/formulaires/2/widget

Journal d’un confinement (extraits) : suite et fin.

Je publie de nouveau ici ce qu’ont écrit les ami-e-s (les 11 premiers jours sont là). Il semble bien qu’iels en aient fini, sous cette forme-ci en tout cas !

***

Jour 12

On a rien écrit mais par contre on a reformulé / corrigé Jours 1 à 11 pour publication sur le blog de Nama-S…
Enfin on a fait ça au jour 13 mais bon là ça change rien de pas le dire ou de le dire comme ça.

Jour 13

C’est parti encore pour des semaines.
Forteen days : comme le morceau de Dave Bruebeck, la passion du Christ et la sortie d’Egypte. C’est ton père qui nous le signale, lui qui n’a pas oublié sa culture chrétienne – lui qui ne l’a pas même trahie peut-être. 40 jours !

On parle cinéma parce qu’on cherche un film qui serait bien à regarder à 7 (voire 8 avec Y. maintenant qu’on a remis ça à plus tard) dans le polycule, euh pardon la famille recomposée…

Tarantino : ça marchera pas (on part plutôt sur un truc genre « migrateurs »)… que cette société tolère ça, ne se pose pas des questions sur des films comme ça, c’est ça le problème. On s’étonne qu’après il y ait des pervers, des violeurs et des psychotiques. Si le cinéma était cathartique, comme il l’est parfois ça irait. Mais quand il est dramatique et qu’il célèbre ou naturalise l’horreur, il est juste mauvais. Le septième art bourgeois a continué à faire ce que la poésie ou l’architecture des élites de merde (pardon pour la « décharge facile »…) faisait déjà depuis longtemps : asseoir ses systèmes de domination, cultiver les détresses. Les couleurs de Gray, c’est des nuances de gris. Triste camaïeu.

Si tu as le choix entre vendre ton corps et faire du cinéma ou ne pas vendre ton corps et ne pas en faire, tu choisis quoi ? Triste choix.

Bah yen a qui faisaient pas de sport avant et maintenant ils en font tous les jours. Deuxième effet kisscool du confinement.

Tiens tiens, oui. Le placement de marque, c’est exprès ? Bon, passons.

Ya un de ces vents froids aujourd’hui ! On a fait la balade du tour du bourg du coup, pour pas trop se les peler. Et on a fait l’amour dans les genêts, c’était trop bien. Merci Renaud.

Yavait pas un chat, on pourrait mettre ça dans les « conseils pour bien vivre son confinement en couple » : allez faire l’amour dans la nature, ya personne dans les environs pour te faire chier, et sinon tu fais semblant de tousser.

Et si jamais les flics t’arrêtent, tu dis « ben quoi, on faisait notre activité sportive ! »

Ouais ! Mais ça va réactiver les gens des villes ça. Ils ont pas d’endroits tranquille, elleux. Sauf les riches qui sont allé-e-s se confiner dans leurs résidences secondaires ou dans le lieu d’accueil des colibris en détresse.

On se demande si il n’y aura pas des films et des livres qui se passent pendant le confinement. En plus de tous les journaux comme celui-là…

Et aussi, à quel point le confi-baby-boom marquera les courbes démographiques plus que la dépression de la maladie. Et des dommages collatéraux de sa gestion maladroite, surtout : les gens qui meurent parce que leur situation n’est pas prioritaire, finalement.

On se tient prêt-e-s à écouter avec attention les légions du nouveau monde naissant, celles là qui sont en train d’arriver en gestation.

Deuxième conférence astrologique sur ce qui se passe en ce moment : ça confirme, c’est bien une année historique. Effondrement, et renouveau. Et l’autre fois d’ailleurs, il disait que ça ne faisait que commencer. Apparemment fin juin, on rentre dans une phase sensible, avec mars en bélier jusqu’à fin 2020.

Ouais, en numéro aussi ça dit que l’année « 4 » elle prépare en ancrant dans la matière le renouveau du « 5 » (2021 = 2+2+0+1… vivement le nouveau calendrier, pour simplifier les additions :^)

Et ma voisine qui est abonnée à Breslev, le courant mystique rabbinique là, elle va plus loin ; d’après leur lecture de la Kabbale, on en a pour 40 ans de fléaux. Cool non ? La bonne nouvelle, c’est que ça a démarré depuis plusieurs mois, avec l’Australie, les tempêtes et les raz-de-marée, donc c’est déjà un peu moins maintenant. On aura plus de précisions à Pessah (Pâques).

La bonne nouvelle pour de vrai, c’est que Thot dit que ça annonce la place pour l’expansion du nouveau monde, où fraternité et paix deviennent plus manifestes, pendant que l’ancien s’effondre. Ça laisse plus de place.

Ah, et une info qui me semble significative : d’après lui le vieux monde qui tombe et le jeune qui pousse ne sont pas directement liés. Décidément, les vieilles institutions pourront être recyclées mais sans doute pas resservir telles quelles. On fondra le métal pour fabriquer de nouveaux outils.

Ça va un peu à l’opposé de la critique de Silence ! Concernant les collapsologues…

Ouais : moi je crois qu’il y a bien des militant-e-s qui s’accrochent plus ou moins inconsciemment aux systèmes qu’ils critiquent, et que ça leur fait bizarre qu’on fasse de la politique sans taper sur quelqu’un-e… bon c’est un peu plus fin que ça einh Silence, mais quand même.

La pensée s’appuie sur la contradiction pour se construire, ça peut être un appui pour mieux définir ce qu’on veut mais… si on ne se construit qu’à partir de ce qu’on ne veut pas, et que ça disparaît, qu’est-ce qui reste ?

Libérons-nous collectivement des vieux modes de pensée… et continuons à remercier Silence et d’autres pour leur ouvrage critique ! même si nous pouvons aussi chercher une autre critique, d’autres styles d’écriture et de réflexion idéologico-poétiques. Voire, chanter…

Sri Ram jay Ram et la illaha il Allahu, par exemples…

Il est presque 20h et il fait encore plein jour ! Ça rallonge plus vite autour de l’équinoxe.

Ah je savais pas que ça s’accélérait à ce point. Allez, on continue vers Beltaine…

Mais naaaan, on avait changé d’heure et on le savait pas. C’était un dimanche le jour 13.

Jour 14

On ouvre un framapad pour écrire un dialogue des parts de nous.

Les outils numériques ont été un peu débordés avec le confiement, c’est pour ça que frama renvoit au « filament ». Et un super article sur linux.fr nous dit comment on peut s’en tirer avec les outils libres.

Jour 15

Les jours pairs et impairs étaient raccords entre le vieux calendrier et le décompte des jours… jusqu’à aujourd’hui. Demain, ça change.

Parlant de calendrier, probable que celui-là on y reste encore un peu quand même einh, en fait, même si yen a un nouveau qui naît de nouveau là bientôt… voire aujourd’hui allez ! Ou demain. Hop : 1er avril 2020 = 1er bruminose de l’an 01. Premier jour du premier cycle du premier printemps.
Aujourd’hui, 31 mars. Demain, qui aura le cœur à faire des blagues ? Ya intérêt à être fin-e-s… Tribunes de Coline serreau ou de 360.org par ici, à tous les coins des médias j’imagine toutes les lectures en train de de s’affronter pour faire entendre leur interprétation du réel. Ce qui est bon. Ce qui est bad. Ce que nous devons faire. Les lignes à adopter.

C’est un peu comme si le jeu de la transformation avait tiré une carte « destin » qui affecte tous les joueur-euse-s et qu’on avait pas du tout anticipé. Même sur la Zad les fêtes sont reportées, personne ne résiste au confinement !

Et cependant… y envoient un communiqué pour protester contre la fermeture des marchés de plein vent. D’où ça contaminerait davantage que les hypers !? Même genre d’absurdité que la pression qui fait que l’état autorise à livrer Amazon et pas les libraires indépendants. Beurk.

#bonnesnouvelles : À l’entrée des supermarchés, les services sociaux installent des permanences pour les femmes battues. Le CCAS rappelle à tout le monde son existence dans les boîtes aux lettres. Solidarité rafraichie : #pourvuquecadure !

J’ai réussi à avancer sur le projet de lieu collectif aujourd’hui,
en laissant complètement le cadre parental de côté de nouveau,
alors que c’est là-dessus que j’avais justement posé l’attention avec mon soutien psy au téléphone !

Mais j’ai assuré en filant Ionesco à M., et en échangeant encore avec B., sans parler de tout le tamtam avec son réseau et le nôtre…

4 avril

Je sais plus à combien de jours on en est au juste, mais je sais que je commence à en avoir marre. Au début c’était marrant, mais là ça commence à tirer. Pourquoi je peux pas voir mes potes ? j’ai pas peur d’attraper la maladie, et si je l’attrapais, je n’irais pas encombrer l’hôpital, je me soignerais chez moi comme d’hab’, et si jamais ça se passait vraiment mal que j’avais le souffle court je me préparerais à mourir décemment avec ma famille, et si vraiment ça semble trop bête et qu’on veut me sauver la vie, je serais ok pour laisser passer devant moi en réa la veuve et l’orphelin sans protester, et je chanterais des chansons pour détendre l’atmosphère et je ferai le clown avec les enfants, comme j’ai fait quand me suis coupé le doigt… je ne suis pas concerné par votre bazar, j’en ai marre d’obéir alors qu’au fond moi ça ne me semblerait pas si terrible si Corona faisait dix fois plus de morts en peu de temps, et qu’on passe plus vite à autre chose. Depuis que je suis môme je me demande si je préfère une petite douleur qui dure longtemps ou une bonne grosse claque qui passe vite, et pendant longtemps je préférais la claque mais je n’étais pas sûr d’avoir le courage de ce choix-là, mais à présent c’est sûr, je l’ai, je vois bien que je fais ce qui est à faire, et je ne laisse pas pourrir les échardes ni s’envenimer les relations douteuses. Pourquoi je dois subir ça ? C’est le premier confinement de ma vie, et si il y en a un deuxième je monterai le parti anti-confinement. Les conséquences sociales de cette histoire sont juste terribles, inadmissibles en fait, et les chouettes conséquences environnementales ne seraient pas affectées si on pouvait de nouveau se balader à vélo avec nos potes, les rejoindre aux chantiers aux marchés et aux réus, et embrasser la vie.

Le marche de Dinan avant-hier, c’était terrible.

Discussion sur la santé à cinq en famille recomposée : ya celles et ceux pour qui elle se dégrade avec ces conditions, et celles et ceux pour qui elle s’améliore.
D’ailleurs peut-être que ça creuse tous les écarts… les pauvres deviennent plus pauvres, ça c’est sûr. Les artistes seront défrayé-e-s… mais pas les intermittent-e-s précaires dont les cachets n’étaient pas garanti-e-s !

Les entreprises seront dédommagé-e-s… mais pas les entreprenant-e-s aventureux-ses en montage de projet solidaire.

Les marchands auront des subsides… mais pas les revendeur-euse-s à la sauvette.

Pour des millions de gens à travers le monde, les prochains mois vont être rien noirs.

Heureusement qu’y a du soleil, et qu’on peut en profiter quand même un peu ! j’imagine même pas si je vivais dans une grande ville comment je serais malheureux.

Bon j’étais un peu en mode « décharge facile » de nouveau ce matin en écrivant tout ça, justement ce que notre pad « constellation des parts de nous énervées émerveillées et paniquées » était sensé permettre tout en l’évitant ici…

Mais justement, c’est le problème : j’ai parfois du mal à distinguer où je suis « moi-même » et où je suis identifié à mes détresses… sacré training ‘faut dire, d’être confiné avec les mêmes personnes tout le temps. Y. ne quitte plus ma maison, là, jusqu’à l’atelier de Pâques. Bon en même temps pour l’instant ça fait pas encore une semaine donc c’est comme d’hab… sauf qu’y a B. et M. en même temps et ça pour le coup, c’est vraiment pas habituel !

J’invente des stratégies relationnelles inédites pour sortir des ornières de la pédagogie noire ou même blanche.

Et j’innove aussi en cuisine, parce que sinon ce serait vraiment l’ennui.

6 avril 20

Bonjour, journal. Ya guère plus que moi qui écris ici, allez, pas grave, je continue.

Je pourrais être un peu plus avec Y. plutôt que de m’obstiner à lire les infos, à écrire ce que ça me fait et à continuer. Elle vient de me le dire, ou plutôt elle vient de le faire dire à la princesse fleur, qui danse sur une plate forme de kaplas. Je vais bientôt lui mettre la musique même !

Mais quand je lui ai dit que j’étais désolé elle m’a répondu « non mais je parle pas à toi einh ». Bon quand je lui ai dit « oui mais quand même moi aussi je pourrais être un peu plus avec toi », elle a répondu « Oui, c’est vrai » d’un ton qui sonnait comme une évidence.

Et en même temps, moi je pète un plomb à être tout le temps en mode « papa » et à jouer et à faire « l’école à la maison » (c’est Y. qui appelle ça comme ça dès que je regarde les propositions de la maîtresse, même quand c’est juste des comptines et des dessins… hihi !)

Tiens tiens, au chapitre #mauvaisesnouvelles : heureusement que la lutte contre les nanos n’est pas près d’être enterrée ! Parce que je viens de voir passer un article qui se réjouit que bientôt en passant un stylo fluo ou je ne sais quoi on verra le carnet de vaccination directement sur la peau. Ouaaais ! Je like à fond. Ya plus qu’à sortir le vaccin pour se faire un max de blé, ça c’est sûr.

Déconfinons, déconfinons les ami-e-s, il commence à en être temps.
La pensée, au moins, l’esprit même allez. #DeconfinementInterieur.
Relions les portes, les ponts, les horizons.

Je n’ai jamais été aussi proche de B. C’est toujours mon fils aîné einh, mais c’est un peu comme si on était en coloc’ là. Pour la première fois il s’est mis vraiment à la cuisine.
Ce matin, j’ai eu mon père au téléphone. Il avait exactement la même voix. Trouble intergénérationnel qui fait écho à mon expérience de vie : à 40 ans, on s’occupe des jeunes et des vieux en même temps.

Ces vieux qui s’accrochent à la vie parfois, inconsciente panique immobile, faute d’avoir pu partager une digne socioculture de lien à la mort, faute de savoir dire « Adieu, je vous aime ». Ces vieux que d’autres accrochent de force à la vie aussi, du fait d’un rapport ethnocentrique et technocentrique à la santé, d’un rapport pauvrement matérialiste à la vie même en fait.
Peur de la mort ! Alors que ce n’est rien d’autre que d’aller se coucher, une bonne fois, non ?

Peur de la mort ! Alors que notre espèce tue et tue encore, à tour de bras, eh ?
Peur de la mort ! Alors que rien n’est plus triste que de survivre à tout prix, ou bien ?

Quel drame nous a fait oublier, en « occident » et dans la bourgeoisie d’abord, puis dans le monde entier un peu, ce que c’était qu’une communauté, en fait, ce que c’était que de se soigner chez soi, ce que c’était que d’accepter d’y passer, et que nos parents ou nos enfants y passent aussi, eh oui c’est comme ça, quand notre heure est venue, qu’il n’y a plus d’autres option ?

Pour sauver quelques vies à grands coups de respirateur artificiel, combien d’autres sont abîmées, sacrifiées peut-être, sur l’autel du confinement ?

Je n’arrive pas à suivre toutes les infos. Covid-entraide, à l’aide ! Mince c’est encore pire

Quelques liens par exemple que j’aimerais bien lire mieux, sur convivialisme ou paris-lutte infos… Ouatmille conférences ou vidéos de transition et renouveau résilient et spirituellement politique que j’aurais aimé écouter. Et danser sur les vagues des cinq rythmes et les autres ateliers cool des un-e-s et des autres.

Ah, et tu as vu cette vidéo-ci tiens ? Pas question de covid ni de rester chez soi,
mais ya de quoi trembler, rire et pleurer ! Et oui, sortir de l’esclavage psychologique…
https://www.youtube.com/watch?v=5FR0cHPcyQk&feature=youtu.be

Sur le blog des convivialistes, tiens, un article de poète sur le soin du monde… Ouais, intéressant, sauf que : les oiseaux s’en fichent-ils vraiment ? Je ne suis pas sûr… Au contraire même, sans doute qu’iels sont content-e-s de retrouver les couleurs ! Oui prenons soin du monde. Je m’en fous, à un certain niveau, de l’hydrochlorexidine, franchement – même si je serais heureux qu’elle puisse contribuer à sauver quelques vies, en effet, et que j’ai signé la pétition.
(Quelques jours après j’ai entendu un gars dire que c’était juste un produit toxique sans grand intérêt pour le fléau en cours… mais j’en ai consommé moi-même contre le palu, et je m’en suis remis einh… oui, du palu aussi d’ailleurs ! hahaha)

J’ai demandé à ma mère si elle pouvait lire certains trucs pour moi, la relève et la peste par exemple (elle était en train de lire Camus, que cite Pièces et main d’œuvre en exergue d’une analyse intelligente mais si peu lumineuse et tellement sans issue que c’est difficile de croire qu’iels ont vraiment pour intention la LUCIDITÉ) :

L’espoir, au contraire de ce qu’on croît, équivaut à la résignation. Et vivre, c’est ne pas se résigner.

Ok, merci Albert, ça m’aide vachement là !

J’ai réussi à faire une pause pour lire deux histoires que m’a apporté Y. : Chrisopompe de pompinasse et l’enfant qui riait tout le temps. Un conte trad’, et un compte post-moderne.

Un oncle dont j’ai eu des nouvelles maussades tout à l’heure sur le répondeur (après que je lui ai donné de meilleures nouvelles de mon papa, qui va pouvoir quitter la boucle réanimation-gérontologie où il était tombé, rien à voir avec corona lui non plus, quoi que…)

Une grand-mère « en polystyrène » (comme disait mon ex), qui fait des crises de panique soudain – alors que jusque là c’était une femme hyper-stable et centrée, qui se réjouit de la campagne, prie, joue de la flute, écoute Messiaen et vit plutôt bien toute seule à plus de 90 ans.

Le livre d’un vieux pote (avec qui nous avons engagé un co-accompagnement) m’a fait rire et pleurer, en effet, comme dans l’histoire… Et rêver sur l’atterrissage d’un grand cirque rigolo dans le lieu collectif auquel je consacre pas mal d’énergie depuis ce week-end, surtout dans le rôle facilitation. « Ya où faire », pendant le confinement, dame !

Déjà une semaine de grève de la fin pour les prisonniers du Mesnil amiot.
Je suis privilégié, chanceux, comme la plupart des gens qui m’envoient des mails, ou à qui j’en envoie aussi. Celles et ceux qui dégustent en ce moment, yont même pas internet souvent. Ou ben sont juste plus capables de s’en servir tellement sont réactivé-e-s.

L’Amérique est entrée en confinement contrôlé par l’armée. Interdit de sortir faire ses courses pendant 15 jours minimum ! Tous les approvisionnements d’un coup… ouah ! t’as intérêt à savoir anticiper pour pas bouffer que des pâtes au pâté. Ça risque de saigner dans certaines chaumières… sans chaume, je vous rassure einh, on est aux états unis.

Mince, B. a été réactivé par la cuisine, il est parti se coucher. On va dîner sans lui.
Ah oui ça prend du temps einh, les tâches domestiques ! Et ça demande de l’attention… Prise de conscience, conscience, c’est vraiment la prise du corona ! Merci la vie.

Ouaaaah ! Ya des visios bi-quotidiennes avec Marie Elia ! Alors là cette info-là, je vais pas la zapper (^; Tu parles : quinze jours plus tard j’en ai pas regardé une seule.

10 avril

Honte, à pleurer : une zad évacuée, en Loire atlantique, à grand renforts d’hélicos et de cars de crs. Cabanes brulées. Nous pleurons, nous pleurons encore.

Les réfugié-e-s en galère, idem.

Ça n’empêche pas d’envisager des suites heureuses hein…

http://les-volets-jaunes.org/wp-content/uploads/2020/04/2020.04-Sortie-de-crise-pourquoi-et-comment-.pdf

Mais ça donne quand même bien envie de ne pas obéir davantage à cette absurdité socio-sanitaire !

Jours 14 à … : dialogue intérieur.
(Je copie colle le pad, hop, petit flashback)

Personnages (initiaux)

L’effondriste 

Le/la paniqué-e 

Le circonspect 

La sage 

Le paranoïaque  

L’émerveillée 

Le révolté

Le consensus doctorum

La soumise

L’inspiré-e

***

Le papa : Excusez-moi, j’ai plein de trucs à dire sur corona et confinement mais ma fille vient de se réveiller là ‘faut que je m’en occupe.

L’effondriste : c’est maintenant que commencent à circuler des vidéos qu’on diffuse depuis des mois et des années. Je viens d’entendre le texte de Fred Vargas sur Youtube, relayée par une copine qui soudain se rend compte que son monde est fragile, que toute notre civilisation n’a pas lourd d’épaisseur. Ce texte, quand je le diffusais sur les marchés ya dix ans tout le monde passait son chemin. Maintenant, tout le monde like avec un peu d’effroi. Bientôt l’ordi crachotera et les coupures d’électricité nous inviterons à prendre du miso et des pépins de pomme pour protéger nos intestins des radiations. Ça me fait rigoler quand dans le film sur le village de pourgues je vois la petite animation 3D sur la nature qui reprend ses droits en quelques années si l’humanité soudain disparait : elle parle bien des derniers déchets nucléaires au fond des océans, mais elle ne parle pas de la fusion des réacteurs pas entretenus. Avec ou sans nous, et quelles ques soient nos politiques, nos complots ou nos insurrections, les boucles de rétroaction que nous avons déjà lancées peuvent donner n’importe quoi. Personne ne sait. Soyez prêt-e-s à tout.

L’inspiré-e : Plutôt que de te brancher sur Vargas et les films catastrophes, tu pourrais te brancher sur le sommet de la conscience et Coline Serreau : elle vient de publier une tribune si pleine de souffle et d’espoir !

Le consensus doctorum : Hmm, ses conceptions météorologiques sont quand même un peu fantaisistes, on n’a jamais rien observé de tel en labo, tous ces trucs sur le pouvoir de l’intention là. En revanche, j’ai lu un article fort intéressant qui croise l’anthropologie politique et l’épidémiologie sur… lundi matin ! comme quoi l’anarchisme n’est pas un frein à l’intelligence. J’aimerais bien que nos compilateur-ice-s acceptent de mettre à ce texte des notes de bas de page, afin que nous puissions citer nos sources sans alourdir le corps du texte.

L’émerveillée : ohlala les ami-e-s vous avez vu ? toutes ces séances de yoga et ces accompagnements thérapeutiques qui nous sont proposés gratuitement en ligne ! c’est merveilleux !

L’effondriste : Ouais et ça consomme à mort la bande passante. Les centres de données doivent être en train de faire fondre leur banquise puissance deux, c’est sûr. Sans parler que dans certains coins on va manquer de réseau pour les vraies urgences.

Le révolté : Ah oui parlons-en des urgences. C’est dingue ça que le gouvernement n’aborde pas les sujets essentiels. Les services sociaux sont juste débordés tout autant que les médics, voilà des années que le gouvernement aurait pu soutenir la relocalisation de la production pharmaceutique, mais non, on mise tout sur la mondialisation et quand ça pète, on fait comme si on était compétent et on s’approprie soudain les discours sur lesquels on chiait depuis des années. Aucun scrupule ! À vomir.

La sage : qui ça, « on » ?

Le révolté : Mais tu débarques de quelle planète toi ? Macron et son gouvernement évidemment. Ne me dis pas que tu ne connais même pas le nom du ministre de la santé, après trois semaines de crise corona ?

L’inspirée : Tu sais de toutes façons, il n’en a plus pour très longtemps ce ministère là, en l’état… Je pressens de gros gros changements.

le/la paniqué-e : ah non einh, ça suffit les changements. Je veux que plus rien ne change. Restez chez vous. Pourvu que ce confinement dure encore 36 semaines, j’ai trop peur de ressortir de chez moi.

2 avril 2020 L’émerveillée: J’adore la puissance de la vie, j’en reviens pas. Cela fait des années que je rêve de vivre un moment comme cela où enfin la nature retrouve un rythme qui lui correspond mieux, plus de calme, l’agitation des hommes qui s’arrête pour enfin offrir du Silence au reste du Vivant. Qui l’eut cru ? Cela m’émerveille, me rassure même « et oui, c’est bien la Vie qui décide, l’humain et sa technocratie n’a pas tout pouvoir, ça peut s’arrêter, je finissais par en douter! ». Je suis émerveillée, j’ose à peine le dire! Au moment où tellement de gens dans notre culture occidentale s’inquiètent pour leur santé, leur vie, celles de leurs proches ou leur situation économique, un arrêt de la folie de notre civilisation, des vacances, des vacances pour le monde non humain. Enfin!

 

4 avril La décharge facile (encore elle) : Ras-le-bol de ce confinement de merde, là ! meeeerde ! je m’en fous de vos règles de merde, je n’ai pas peur de votre virus là, c’est à peine si j’y crois en fait, enfin je veux bien croire qu’on a observé un petit bout d’Adn mais la façon dont ça s’incarne dans les organismes complexes nous sommes, je suis sûr que c’est lié à bien d’autres choses, saletés de saletés de rapport d’une société de merde à la santé et à la mort, vous êtes déjà crevé-e-s, qu’est-ce que vous nous faites chier ? laissez-nous vivre et mourir comme on en a envie ! ça fait trente ans que je me tue à tomber les masques, et voilà que trois cent mille guignols s’en collent de nouveaux sur le pif et me demandent de faire pareil, mais allez vous faire enculer ! je ne suis pas de votre monde, vous comprenez ? je veux vivre moi, je veux respirer tranquille, je n’ai pas peur, tu comprends ça ?

Bien plus tard Le geek : ouais, ben ça risque de t’arriver tout de suite, mon ami. Il semblerait qu’il y ait des bouts de HIV dans l’Covid. C’est passé à la radio, un prix nobel de santé antivaccinalistes et des équipes de chercheur-e-s indien-ne-s, ouais vieux ! Tu n’as qu’à taper « crèvecœur » et tu tomberas sur un complotiste de première qui m’a quand même l’air pas mal convaincant. Moi j’te dis, comme la mystique de la cordillère des Andes : la paix et l’amour, ya plus que ça de vrai. Et rayonner là où tu es. La vie sait ce qu’elle fait. Ou bien sinon tu y renonces, voilà, pas grave, bye bye, à la prochaine sur un autre plan. Ouais, ouais, je sais que je suis sur l’ordi depuis ce matin, je débranche bientôt, promis.

 

6 avril Le prophète : Nombre d’entre elles et eux ne sortiront plus jamais. Il y aura des catastrophes sans nombre, mais il y aura aussi des explosions de joie. À chaque nœud lunaire, des flopées d’âmes prendront leurs tangentes continues et celles qui resteront seront invitées à faire naviguer les corps petit à petit vers les dimensions contigues : réalisation immédiate étalée sur quelques semaines ou quelques mois encore, l’éveil collectif prend ses sources dans la prise de conscience de l’inanité totale de pans entiers de l’Histoire, qui peuvent à présent être ré-évalués à l’aune du Réel, ô être suprême inspiration vers qui tout expire.

Hey, une chouette réflexion sur l’insatiable, après avoir regardé encore un peu d’Aurélien Barreau et autres : https://linsatiable.org/Le-storytelling-du-siecle

 

15 avril

Saturation d’information de toutes parts sur le corona et ses conséquences sociales, économiques et poltiiques. Nous avons besoin de revenir au présent.
Nous gérons nos propres crises (avec B. on en sort enfin semble-t-il : aujourd’hui c’est son deuxième jour de chantier chez le frère d’A. et ça se passe bien, on a des hypothèses pour la suite).

Nous assurons les soutiens qui nous sont possibles, à grands coups d’échanges à distance. On a animé un atelier via Zoom, étonnnant !

J’aimerais bien vivre en Suède, du point de vue du système de santé et de la gestion du risque épidémique ça me conviendrait bien mieux. J’en peux plus de ce confinement qui nous encucule comme dirait gombrowicz, de faire une attestation à chaque fois que je sors pisser de l’autre côté de la route (j’exagère à peine).

Il paraît qu’en France une ordonnance en a profité fin mars pour accélérer la mise en place de la 5G, mais vous êtes bouché-e-s ou quoi les gens ?
Le réseau en place a tenu le choc du renforcement de l’usage des technologies numériques et vous voulez quand même nous contraindre encore à virtualiser davantage. Le monde est malade de ça et vous voulez lui en rajouter une couche.

Prendre le temps de soigner notre overdose informationnelle nous permet de revenir plus calmement discerner dans ce flux d’infos ce qui fait sens. Une fois écrémés toutes les paniques et les coups de gueule, entre les ceusses qui ont soudain le temps de relayer des trucs qui étaient passés inaperçus et qui sont pertinents, et le ceusses qui ont soudain le temps de prendre du recul pour proposer des lectures nouvelles de l’histoire contemporaines, il y a de la matière.

Woah, merci la Maif, je suis content d’avoir donné 30 balles au secours pop’ qui en a surement bien besoin en cette période de crise socio-sanitaire !

Nouveau concept : le confondrement. Pendant que nous confinons déconfinons, tout continue à s’effondrer, et à se confondre aussi parfois : vivons le confondrement avec discernement !

19 vertuose iel-1

Et maintenant, ça suffit. Assez d’écrire, assez de relayer des infos tout le temps.
Silence.
Silence.
Sors dans le jardin.

coexist-1211709_640

Écologie profonde et Travail qui relie

L’écologie profonde, c’est peut-être ce qui a lieu entre nous lorsque nous nous arrêtons en silence pour écouter le murmure des forêts… et que nous entendons alors « la terre qui pleure » comme dit Thich Nhat Han.
C’est peut-être aussi ce que fait la Terre elle-même avec nous, lorsque nous lui donnons tout notre amour, perché-e-s au sommet d’un arbre ou concentré-e-s derrière un ordinateur.

Le Travail qui relie est un ensemble non-circonscrit de pratiques collectives d’écologie profonde. Il y a mille et une façons de le présenter et de le vivre*.
Le livre de référence en français, co-écrit par Joanna Macy et Molly Brown, s’intitule Écopsychologie pratique et rituels pour la terre, et il a été ré-édité récemment au Souffle d’or avec une nouvelle préface collective de praticien-ne-s francophones.
J’ai enregistré en 2018 une vidéo pour présenter cet ouvrage… je ne dirais sans doute plus certaines choses comme ça aujourd’hui, mais ça peut peut-être encore servir.

Sur ce blog, j’ai publié aussi trois articles sur le sujet :
> le premier qui reprenait un article de murmure des forêts sur les émotions
> le second qui propose une réflexion sur le langage, les milieux et la facilitation (éléments que j’ai repris ensuite ici ou là dans le traité Socioculture)
> le troisième qui partage un certain nombre de ressources qui peuvent être utiles à tou-te-s pour certaines, même si c’était d’abord dans l’idée de partager ça avec le réseau de co-facilitation en écologie profonde (un champ qui se prête mieux à l’expérimentation collective et au partage en équivalence qu’à la formation traditionnelle, à mon sens, en passant – et même le mot d’animation n’est pas vraiment juste, sans doute, pour un chemin où l’on a surtout besoin d’être accompagné-e – ou parfois, guidé-e).

Au risque d’avoir l’air d’insister, je partage de nouveau ici enfin le document « 5 principes d’un rapport sain à l’émotion », qui résume des théories dont la juste compréhension me semble indispensable pour bien accomplir cet ouvrage.

* En voici une autre, brève aussi, qui reformule des éléments du site de Terr’éveille.
À noter que l’ouvrage qui relie consiste globalement à accompagner le passage du niveau vert au niveau jaune de la spirale dynamique… mais il ne s’attaque pas toujours très directement à ce que Ken Wilber appelle la « boomerite », d’autres l’égo spirituel ou le sentimentalisme.

Le travail qui relie (the Work that reconnects) est un ouvrage en groupe permettant d’écouter nos sentiments desespoir ou d’impuissance face à l’ampleur de la crise écologique et sociale. Il allie les dimensions corporelles, émotionnelles et spirituelles à notre compréhension rationnelle du monde et à notre implication dans l’action. Les exercices pratiques et les expériences qu’il propose nous aident à transformer notre inquiétude en engagement créatif. Il contribue à l’émergence d’une « éco-conscience ».

Ressources de reliance (écologie profonde 3)

Bienvenue, congénère !
Je partage ici quelques ressources qui peuvent servir la reliance, et plus spécifiquement l’animation du Travail qui relie. Dans ces temps de trouble, notre réseau des tempêtes a tout intérêt je crois à se consolider et à s’approfondir, à se faire confiance et à se critiquer avec sagesse, à s’inspirer de pleine conscience (« vipassana », soufisme et autres) mais aussi et surtout de co-écoute émotionnelle et de justice restaurative (sans parler de tous les cercles et réseaux qui peuvent contribuer à nos systèmes de soutien, de l’équipe de foot du village au mankind project ou aux colibris, en passant par la Zad du coin et ).

Ce texte est une reformulation d’une traduction de Jonna faite par l’équipe de Terr’eveille (qui ont aussi mis en ligne une bibliographie étoffée) : Principes fondateurs du Travail qui Relie 3 (… l’image n’est peut-être pas libre de droits, désolé ! et en plus elle est peut-être trop sexy ? Je la corrigerai à l’occasion !)

Ici, j’ai reformulé la même source, transmutée par Roseaux dansants puis revisitée à l’aune de la co-écoute : 5 principes d’un rapport emotion (et c’est ce texte aussi qui est dans l’annexe « états et équilibres fondamentaux », et dans le chapitre 2 j’approfondis ces processus émotionnels plus en détail, en présentant en particulier le lien très particulier qu’il y a entre la peur et disons « l’amour », ce qu’est en fait la joie et les risques qu’il y a avec ça*)

La partoche et les paroles de la danse de l’Orme (pour d’autres danses chantées en cercle, voir les danses de la paix universelle), audible ici (je sais pas comment la partager en téléchargement sur wordpress…) :

Trois textes bienvenus à partager en atelier : le conte « Le Cinquième rêve« , le message d’un Hopi Elder, et la « 3ème Revolution » de Fred Vargas. Entre mille autres bien sûr, mais bon.

Des citations inspirantes à scotcher / patafixer aux murs des toilettes sèches de la salle de travail (pour une fois j’ai mis un .doc, pour que tu puisses en rajouter facilement dans le même format), et la chouette infographie de Tatoudi sur l’écopsychologie.

Et enfin deux docs en anglais qui peuvent servir pour les facilitateur-ice-s : des bonnes questions préalables à se poser (et qui peuvent aider à formuler celles qu’on propose aux groupes) et un petit check de compétences.

Enfin, ci-dessous un extrait de la fin du traité Socioculture, qui parle du réseau de facilitation en Travail qui relie.

TQR CNV avril 2020 visuel

« The work that reconnects network : tout récemment sous cette bannière a commencé à s’unifier le réseau qui s’intéresse au « Travail qui relie » (WTR, TQR en français… cf. note 7, et 4.6 : l’intelligence du cœur…) et plus particulièrement, à sa facilitation. Il y a peu encore, on n’aurait pas su indiquer d’entrée sûre pour le « Rough weather network » sur internet, et encore moins de centre : ni « the Great turning times », ni « Active hope »1, ni les sites de ses principaux acteur-ice-s n’y revendiquaient de leadership clair et de mise en réseau. Il faut dire que Joanna Macy, le premier lien incontesté de ce(s) network(s), est une femme exceptionnelle ! Et que la pratique d’une « écologie profonde » autant que les liens structurels et symboliques qu’elle se propose d’engendrer entre nous, ça peut ressembler davantage à une foisonnante forêt primaire ou à un enchevêtrement de poils qu’à un flash-mob, ou même à une prairie gentillette. Rien de copyrighté, tout est ouvert et à réinventer, et les principaux jalons de base pour l’ouvrage sont mis à disposition. Ceci explique cela ?

« Le Vivant » : nous les humain-e-s avons un peu trop pris l’habitude de mettre ça à toutes les sauces, non ? Sous couvert de promotion, d’efficacité ou d’acceptation de « ce qui est », et même avec des nuances très artistiques, il arrive que le style « psy-business-new-age », commun à la facilitation de beaucoup de pratiques « modifiantes »2, manque de différentes choses D’intégrité d’abord : n’est-ce pas incongru, manipulateur ou dangereux de prétendre mener des gens là où moi-même je ne suis pas sûr-e d’être capable d’aller ? D’un juste équilibre entre transformation personnelle et transformation sociale ensuite : je peux explorer longuement ma propre « écologie profonde » ou les gracieux & douloureux détours de ma psyché un peu comme d’autres regardent leur nombril… Et surtout, de liens vivants et actualisés : quel comble, de pratiquer la même « reliance » à quelques encablures les un-e-s des autres et de ne pas prendre le temps d’un coup de fil quand une tension se fait jour ! J’ai souffert de ces difficultés, et j’ai fait de mon mieux pour nous en tirer – cheminant comme nombre d’autres avec mes ombres et mes faux-pas. Pour guider au mieux un TQR (comme d’autres approches), nous avons aujourd’hui besoin, je crois, de toute notre communauté, avec toute son histoire.

Joanna nous a mis en garde contre les phénomènes de dominations culturelles… et outre-Atlantique, au-delà d’elle, se coordonnent les marges d’évolution à l’avant-garde (« Evolving Edge » est un groupe de recherche en WTR). Heureusement ainsi, à travers ces tensions, la reliance se clarifie au sein du réseau en question, et les fossés se comblent petit à petit : gratitude pour « la Spirale » qui fonde notre commun exercice ! La souplesse extrême et l’inclusivité absolue qui caractérisent si merveilleusement cette approche (entre autres) n’empêchent plus la structuration régionale et inter-régionale du mouvement de s’opérer de mieux en mieux.

Concernant la francofonie, un site référence à présent l’ensemble des ateliers, et à l’heure où j’imprimerai ceci, se prépareront encore les secondes rencontres physiques de facilitateur-ice-s de France et de Navarre du TQR (gratitude aux nouvelles / nouveaux venu-e-s qui facilitent tout cela !) Les premières, c’était l’automne dernier chez les ami-e-s belges qui contribuent beaucoup à ces convergences (qu’en est-il du Québec ?)… et les « rencontres nationales de l’écologie profonde », c’est en Anjou ! Nous prévoyons quant à nous d’organiser des rencontres intergalactiques, mais y parviendrons-nous ? De nouvelles occasions se trouvent en tout cas de consolider les relations et d’avancer sur la structuration en bonne intelligence. D’autres facilitations et des zones à défendre peuvent nous inspirer pour cela… et bien sûr aussi beaucoup d’autres blogs ou mouvements écologistes et « citoyens » (sans parler d’Arne Naess et de ses émules ni des luttes légales pour les Droits de la terre mère).

1 « Lespérance en mouvement » : le livre de Joanna co-écrit avec le britannique Chris Johnstonne a été traduit (préface de Michel Maxime Egger) ! L’expression précédente se traduit mot à mot « les temps du Grand Changement », mais en français on utilisait plutôt depuis longtemps déjà « Changement de cap », qui fait un peu moins peur… Ya qu’les américainEs qui n’ont peur de rien. La première des trois expressions, traduite habituellement « Réseau des tempêtes » en français, est utilisée depuis bien des années pour parler des liens que nous cherchons à prolonger entre les personnes qui partagent ces ateliers en fait (et non seulement les facilitent).

2 Comme on dit à l’espace des possibles, « entre Mer et Forêt », un bon vieux bastion d’expérimentations vacancières. »

(NdE : désolé pour les bizarreries de tailles de police qui ne nuiront pas à la lisibilité j’espère :^)

  • Je crois en effet (comme beaucoup d’autres) que c’est surtout la peur des émotions fortes (y compris bien sûr de la peur elle-même) qui complique les choses – et que si une équipe de facilitation est bien posée, ancrée et tranquille dans la façon d’accueillir les excès de tel ou telle, ne prêtant pas le flanc à la « dramatisation » et aux « prises de pouvoir » d’égos souffrants, eh ben ça risque moins de dériver.

Parfois, la psychologisation peut nuire, aussi, je pense – de même que l’oppression liée au système de santé mentale. Ce qui n’empêche pas d’avoir quelques adresses de thérapeutes professionnels et autres ami-e-s en qui nous avons confiance sous la main, bien sûr, en cas de difficulté.

… pour penser, rêver, décrocher des ordis ?

Beaucoup d’infos circulent.

Dans les deux derniers articles, j’en ai relayé certaines qui me semblaient avoir du sens.
Ci-dessous en bas, je colle de nouveaux quelques liens auxquels j’ai jeté un oeil et qui me semblent plus ou moins intéressants. Je ne valide pas tout, einh !

Et mais d’abord, je partage le message relayé par un ami clown Camille, qui nous rappelle de ne surtout pas trop nous noyer dans les infos. Ça peut donner l’impression d’être un peu duel aussi cette lecture, choisis la bonne porte mon fils, alors que nous le savons bien que toute l’humanité doit être sauvée, au final… oui mais ce n’est qu’une impression : c’est comme dans Azur et Asmar, derrière les deux portes, il y a la même pièce. Il s’agit seulement de savoir si nous allumons la lumière de la conscience. Quant à l’humanité, bonne nouvelle : elle est déjà sauvée. Le jeu c’est juste de savoir à présent comment au juste on s’y prend, toi moi nous.

 

——– Message transféré ——–

Sujet : [Radicool ] Superbe Message de White Eagle, de la nation Hopi.
Date : Sun, 29 Mar 2020 09:56:10 +0200

« Ce que l’humanité traverse en ce moment peut être considéré comme un portail et un trou noir.
La décision de tomber dans le trou noir ou de passer par le portail dépend de vous.
S’ils se repentent du problème et consomment les informations 24 heures sur 24, avec peu d’énergie, nerveux tout le temps, avec pessimisme, ils tomberont dans le trou.
Mais si vous saisissez cette occasion pour vous regarder, repenser la vie et la mort, prendre soin de vous et des autres, vous traverserez le portail. Prenez soin de votre maison, prenez soin de votre corps. Connectez-vous avec le corps central de votre maison spirituelle. Connectez-vous à l’égrégore de votre foyer spirituel. Corps, maison, corps moyen, maison spirituelle, tout cela est synonyme, c’est-à-dire la même chose.
Lorsque vous en prenez soin, vous vous occupez de tout le reste. Ne perdez pas la dimension spirituelle de cette crise, ayez l’aspect de l’aigle, qui d’en haut, voit le tout, voit plus largement.
Il y a une demande sociale dans cette crise, mais il y a aussi une demande spirituelle. Les deux vont de pair. Sans la dimension sociale, nous tombons dans le fanatisme. Mais sans la dimension spirituelle, nous tombons dans le pessimisme et le manque de sens.
Vous étiez prêt à traverser cette crise. Prenez votre boîte à outils et utilisez tous les outils à votre disposition.
Apprenez-en davantage sur la résistance des peuples autochtones et africains: nous avons toujours été et continuons d’être exterminés. Mais nous n’avons toujours pas cessé de chanter, de danser, d’allumer un feu et de nous amuser.
Ne vous sentez pas coupable d’être heureux pendant cette période difficile. Vous n’aidez pas du tout en étant triste et sans énergie. Cela aide si de bonnes choses émanent de l’Univers maintenant. C’est par la joie que l’on résiste. De plus, lorsque la tempête passera, vous serez très important dans la reconstruction de ce nouveau monde. Vous devez être bien et fort. Et, pour cela, il n’y a pas d’autre moyen que de maintenir une vibration belle, heureuse et lumineuse. Cela n’a rien à voir avec l’aliénation. Il s’agit d’une stratégie de résistance.
Dans le chamanisme, il existe un rite de passage appelé la quête de la vision. Vous passez quelques jours seul dans la forêt, sans eau, sans nourriture, sans protection. Lorsque vous passez par ce portail, vous obtenez une nouvelle vision du monde, car vous avez affronté vos peurs, vos difficultés … C’est ce qu’on vous demande. Laissez-les profiter de ce temps pour effectuer leurs rituels de recherche de vision.
Quel monde voulez-vous vous construire? Pour l’instant, voici ce que vous pouvez faire: la sérénité dans la tempête. Calmez-vous et priez. Tous les jours. Établissez une routine pour rencontrer le sacré tous les jours. De bonnes choses émanent, ce que vous émanez maintenant est la chose la plus importante. Et chantez, dansez, résistez par l’art, la joie, la foi et l’amour. »

***

 

 

Le campus de la transition propose de profiter du confinement pour se relier : https://mailchi.mp/a1c249b9d893/oq4fcxaajp-5437994?e=029c73dc09 (entre toutes les autres propositions de zooms que je vois passer…)

Stop violences intimes ! https://arretonslesviolences.gouv.fr/ : Plus besoin de téléphoner (parce que 3919, c’est moins facile quand celui qui te tape dessus ou qui te harcèle est dans la pièce à côté)

La carto des commerces à mettre à jour : https://www.caresteouvert.fr/

L’appel de la Zad à partager nos rêves : https://zad.nadir.org/spip.php?article6721

Un groupe facebook solidaire en Bretagne, inspiration efficace : les gens du spectacle https://www.facebook.com/groups/822618181552561/?hc_location=group

La vidéo du gars qui a parlé d’amour au parlement de belgique, quand même : https://www.christophedebeukelaer.be/post/crise-coronavirus-covi19-monde-meilleur?fbclid=IwAR3PViqy8HlS6puv6I4xpbKwo5KCgM3CKDWiYZtSarVMHwMHuL-ZgC1eI0s

Anthropologie politique et épidémiologie ? https://lundi.am/Des-chauve-souris-et-des-hommes-politiques-epidemiques-et-coronavirus et sans doute d’autres textes intéressants sur lundi.am … aller voir aussi la relève et la peste !? pas encore eu le temps.

En profiter pour changer de modèle face au règne animal ? https://www.liberation.fr/debats/2020/03/30/eviter-les-prochaines-crises-en-changeant-de-modele-alimentaire_1783572

La tribune de Coline : https://www.tribunejuive.info/2020/03/30/coline-serreau-le-monde-qui-marchait-sur-la-tete-est-en-train-de-remettre-ses-idees-a-lendroit/

Constell’ un peu dualiste mais sympa du changement planétaire : https://shoutout.wix.com/so/69N4XHnLQ?cid=a4755119-c2b7-41c7-9e66-cd589a12b73a

Une lettre audio au président (annie ernaux) : https://www.franceinter.fr/emissions/lettres-d-interieur-par-augustin-trapenard

Prospective économico-politique conviviale : http://convivialisme.org/2020/03/29/reguler-speculation/

Un appel à la solidarité des personnels de santé : http://signature-appel-covid19.site/node/1

Encore un nouveau groupe facebook, orienté facilitation collective… https://www.facebook.com/groups/theviralopenspace/

Encore un rêveur bien réveillé, créateur de culture régénérative : https://notre-essenciel.blogspot.com/2020/03/extinction-et-la-revolution-de-lamour.html

Ya radio oups à St brieuc, et à Rennes radio confi : https://soundcloud.com/user-998522333-823203788

Une bonne nouvelle qui n’a rien à voir, en fait, avec COVID19 : https://blogs.mediapart.fr/sumofus/blog/120320/adp-une-mobilisation-citoyenne-reussie-que-le-coronavirus-ne-peut-eclipser

 

***

 

Films et vidéos en ligne ! si tu as encore du temps libre malgré tout…

Sommet de la conscience : https://sommetdelaconscience.com/programme/#today

Régénération :  https://onpassealacte.fr/films-vod-nausicart.html

Plogoff mon amour : https://www.youtube.com/watch?v=38OjYPAXxL8&feature=youtu.be

Les eaux profondes : https://istanbulexperimental.com/screening-room-2/ entre autres films d’istambul…

Irrintzina : http://www.irrintzina-le-film.com/

Journal d’un confinement (extraits) : jours 1 à 12

Je copie ici la publication d’un couple d’ami-e-s, avec leur consentement.

Journal d’un confinement

Jour 1 – 17 mars

À midi, on a fini les courses.
Hier déjà presque tout le monde restait chez soi, on pouvait croire que le dimanche avait débordé sur le lundi, mais là… jamais eu autant l’impression de vivre une nouvelle de science-fiction.

Le monde naturel reprend son silence traversé de bruits, les couleurs sont plus vives que jamais.

Entraînement pour d’autres alertes futures à l’effondrement ?
Rumeurs de complots déjà : coup d’état en secret et vente de vaccins, observation des populations, conscience des possibles manipulations de masse à équilibrer avec la conscience de la force suprême de la vie, qui s’y retrouve aussi. Abwoon !

Quelque chose se révèle de la vérité de chacun-e : on tombe les masques.

Y. a tiré la carte du lapin pour l’humanité dans les « cartes médecines », et le lendemain à la balade avec A. elles en ont vu un, tout blanc, grandes oreilles.

« Nous sommes en guerre », et l’hélicoptère passe au-dessus de nos têtes. Ça nous rappelle des vieilles histoires de sièges et de résistance dans les campagnes.

On commence à peine à réfléchir aux conséquences diverses selon les situations : solidarités autour des personnes fragiles, angoisse terrible des personnes en détresse et habituées à certains équilibres addictifs (et ça, ça me concerne directement : B. et son amie plongent soudain), etc.

Et l’économie ? On laisse tout ça s’effondrer qui s’effondrait déjà, ayé, c’est le moment ?

 

Jour 2

« Se rassembler et agir »
Quasi-certitude : on ne reviendra pas au monde d’avant.
R. : « difficile de se projeter tellement le présent prend de la place ».

C’est comme un arrêt sur image. Les gens s’appellent et se disent ce qu’ils vivent mais c’est succint tellement tout le monde est sous le choc. Abasourdissement collectif.

Étrange, que certaines personnes ne répondent pas au bonjour ?
Sans animosité en fait : c’est la stupeur. La sidération.

Mais « les gens », nos voisin-e-s, ont commencé aussi à comprendre qu’ils avaient la possibilité de sortir pour « exercice physique individuel », en signant leur petit papier, alors il y a déjà un peu plus de monde dans la rue, dans le jardin. Les familles restent entre elles, les squares sont fermés.

Le respect de la loi est dans tous les esprits comme si on était tou-te-s sous surveillance. Il y a cette tension du risque invisible lié à l’épidémie, de la responsabilité de chacun-e. Ça crée une certaine façon de se regarder les un-e-s les autres : potentiel transmission d’un virus.

Les gendarmes patrouillent à moto, et l’hélico kaki vole bas, juste au bord de la mer.

L’histoire intime joue comme des échos de l’histoire collective, différemment pour chacun-e. Ici j’ai ramené B. chez moi, qui dort seize heures de rang.

 

Jour 3

Le silence encore le matin, comme c’est inhabituel ce silence qui dure !

Pendant le confinement, tu te sens :
– confiné-e
– libre
– sidéré-e & stupide
– enfin tranquille
– enthousiaste à l’idée du renouveau
– consciemment obéissant-e
– manipulé-e
– respectueux-se et lucide
– plein de gratitude pour les services de santé et le gouvernement
– soumis-e
– en guerre
– en résistance
– en chemin vers la paix universelle
– tout ça à la fois et aussi en cet instant : …

On regarde les chiffres de mortalité : 8800 décès du corona dans le monde, dont 3000 en Chine, pareil environ en Italie… Contre 470000 personnes qui meurent chaque année de la grippe en moyenne dans le monde (45 fois plus). 18000 décès de grippe exceptionnelle en France en 2014-15, pas de confinement. Et chaque année en moyenne 1500 à 2000 décès.

Quelles sont les priorités ? Qu’est-ce qui nous domine ? Une femmes meurt sous les coups de son mari tous les deux jours. Le chiffre des enfants décédés suite à maltraitance est impossible à établir, mais il fait mal. Ouvrons les yeux ? Aujourd’hui on est à 372 morts du COVID. On continue à observer ?

B. décide de repartir de chez moi, sous l’emprise de sa peur du vide, de sa colère qui cherche une liberté illusoire dans le mouvement. Misère !
Nous sortons pour la promenade quotidienne tou-te-s les deux avec Y., cet « exercice physique individuel » mais collectif qui nous évite de péter les plombs, d’étouffer confiné-e-s, qui nous permet de prendre un peu d’air et de recul.

Nous cultivons l’amour comme de patient-e-s jardinier-e-s de l’être, au cœur d’une terreur inouïe.

 

Jour 4

Le matin, on commence à penser comment s’organiser avec les outils numériques habituels, pour un groupe de familles en l’occurrence. On parle de comment on se projette ou non : H. « quel que soit l’issue et les ficelles de cette période qui va durer, on a tout intérêt à commencer à se structurer dès maintenant » (je reformule).

A. rentre chez elle, retrouve ses enfants.

Z. : J’accompagne Y. grimper aux arbres et je cueille des orties pour la soupe – après avoir eu Lilia au téléphone, qui m’a donné la recette de la dilution homéopathique maison – qui sait si ça pourra servir ?

Plus rien de sûr ne me traverse l’esprit, concernant mes enfants ou le monde sinon cette présence toujours tranquille, curieuse et sans mots, sans messages ni intention, sans rien.

Le soir, avec Y. on entend une clameur. Ah oui, il est 20h : cette nouvelle coutume née à Paris a gagné notre provincial HLM, les voisin-e-s applaudissent les services de soin.

La peur me réveille la nuit. Sur un sms qu’on m’a envoyé (source très peu sûre), il est question de corps empilés sur la glace d’une patinoire, de camions militaires américains où sous des bâches sont dissimulées des guillotines : en voilà des messages panique assez idiots pour apprendre à se déjouer des manipulations ! Mais mon fils, lui, est bel et bien aux prises avec ses vrais démons invisibles, en attendant. Et moi, qu’est-ce que je dois faire ?

 

Jour 5

C’est samedi, revoilà un week-end. Qu’est-ce que ça change ?
Et l’équinoxe de printemps, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?

Quels incroyables mouvements, quels intenses équilibres se jouent ces derniers temps aux passages et aux apogées des saisons.

Je t’écris, A., pour prendre des nouvelles.

Il est 8h40 et Y. dort encore dans le noir de ma chambre.
M. a fait la vaisselle et la pizza, c’est chouette parfois d’être en bonne compagnie !
B. m’a renvoyé un message hier soir, l’aventure continue entre lui, sa compagne, la famille et la société.
Mes chers enfants (à mi-temps) !

On n’est pas sorti-e-s ensemble aujourd’hui, jeu et travail, le temps passe vite parfois quand on est casanier-e-s. J’ai fait un tour en solo à la nuit, dans la ville pour changer : qu’est-ce que c’est calme ! « on dirait un décor de film » confirme un ami devant chez qui je viens à passer. En voyant de la lumière dans sa cuisine j’ai eu envie de lui envoyer un sms, faute de m’arrêter boire un verre.

 

Jour 6

Épuisement côté Z. On arrive quand même à faire la grande balade d’équinoxe, tout le tour en passant voir les chevaux. Et à se faire du thon mayonnaise, pour faire plais’ à M., et des jeux de société, pour faire plais’ à Y. Et à regarder une heure de vieux documentaire animalier des années 80 pris à la bibliothèque en prévision des looongues heures de confinement : bien vu !

Couché avant 21h, je suis réveillé avant minuit.

Nouvelles de A. :

Je me suis pas fait contrôler en rentrant vendredi, c’était juste très calme au point de me sentir mal à l’aise, inquiète parfois malgré ma raison qui disait c’est merveilleux, quelque chose en moi se sentait perdu.

Je suis plus souvent calme depuis mon retour ici mais la joie n’est pas trop au rdv, quand je m’en approche de cette joie de toute la beauté de ce moment, je ressens comme une douleur qui demande à être entendue avant et quelque chose en moi dit « Oh non! Encore! » et rebrousse chemin, ou c’est la culpabilité qui vient « Tous ces gens qui souffrent… »

Cela crée de la déception : « Quand y aura-t-il enfin de la joie et de la satisfaction quand même des évènements majeurs ne semblent pas transformer tant que ça un certain équilibre / déséquilibre intérieur? »
Y’a de la vie comme d’hab!

J’ai envie d’écrire notre journal mais ça résiste…

J’ai retrouvé C. et D., c’est à la fois joyeux et douloureux.

D. est un peu en révolte, peut-être les échos, miroirs de B. et tout simplement ses tendances à lui, éprouvées en cette phase de confinement.

On a fait deux tentatives de célébration de l’équinoxe à moitié accomplie, dessin et assiette de fleurs de saison, pour décorer. C’était quand même mieux que rien.

Ce que le coronavirus révèle et montre, c’est la pauvreté spirituelle de notre époque. Ce virus semble avoir ce rôle entre autres : rendre visible, révéler. Toutes les cultures anciennes donnaient un sens aux épreuves collectives, un sens profond, un sens spirituel, quelque chose à apprendre, à éveiller pour mieux accomplir notre humanité.

Coupées de cette quête de sens, cette possible remise en cause, les épreuves semblent absurdes, injustes, hasardeuses, et la peur n‘a plus de limite. L’impuissance ne s’exprime que pour nous renvoyer à un manque de contrôle. Ce contrôle qui serait la solution à tous les problèmes : celui qui ne sait pas assez contrôler semble alors soumis à l’hostilité du Vivant.

Et si cette traversée cherchait à nous révéler cette illusion et à nous rapprocher d’une perception collective du sens des événements, nous rappeler que le Vivant cherche sans cesse à maintenir iun équilibre, et qu’en cette équinoxe 2020, l’appel est plus puissant encore.

 

Jour 7

La semaine bouclée bientôt, allez : je me lève à 3h20 pour avancer sur les projets que je n’ai pas encore traités. Hourrah !

Le confinement qu’on fit déconfits oh grand jamais ne ment, pas même finement, fi !
Voire « putain, con ».

Les enfants chez leur maman, me voilà confiné seul. J’écoute radio Oups https://mixlr.com/oups3/ après avoir échangé avec ce camarade de St Brieuc pas vu depuis des années.
Plein de gens – dont d’autres cousin-e-s aussi tiens – disent leurs journaux de confinement(s?) tandis que j’écris notre journal de confinement, c’est drôle, ces consciences qui se croisent, plans parallèles.
J’échange des mails étranges avec des gens qui ne m’auraient sûrement pas écrit sans cela, ou en tout cas pas cela.

Échanges en particulier sur les infos pertinentes à faire circuler ou non, sur les différentes situations, l’inéquité d’une mesure commune entre la personne « immunodépressive », la personne dépendante et soumise à toutes les intox qui trainent, les personnes qui s‘entassent dans des logements insalubres… sans parler de celles et ceux qui rêvent encore d’un logement où se confiner, tout court.

Réflexion aussi sur les deux types de psychose collective à l’œuvre ces jours-ci, deux très différents décrochages du réel : entre l’inconséquent délire d’insouciance – voire la provo pure et simple d’aller se serrer au soleil – et la paranoïa qui peut avoir des conséquences pires qu’une – finalement banale – pneumonie – même si certes en temps de crise ça peut aussi tuer. Ou même sinon d’ailleurs.

C’est quoi votre problème avec la mort d’ailleurs, les ami-e-s ? Reparler de ce sujet ici, citer françois cheng et jodorowsky ? Oui
Je ne suis ni asthmatique, ni vieillard dans ma perception de l’équilibre juste entre la prudence qui protège et la peur qui oppresse.

En tout cas, la critique et l’éduc’pop’, si elles permettent d’approfondir la compréhension du pourquoi des règles, sont toujours bienvenues. Cellui qui se fout de tout… s’en fout aussi de la critique.

Je me réjouis d’être un co-écoutant, d’avoir cet outil à dispo, ses consciences et surtout son réseau pour partager et laisser derrière moi certains excès de pression de nouveau.

 

Jour 8

Depuis ce matin, je pleure, par moment, quelque chose lâche.

Hier soir, j’ai regardé une vidéo d’astrologie sur 2020 et ça annonçait une année historique.
J’ai envie d’écrire ce journal et en m
ême temps quelque chose résiste en moi, envie de rien, juste être là, regarder l’inconfort, l’impuissance, la peine, laisser le deuil se faire. Cesser de chercher le bonheur, à aller mieux , à être joyeux, un lâcher prise se produit face à l’ampleur de l’impuissance, juste être là comme c’est possible avec toute cette fragilité vulnérable.

Impuissance et peine. Libération de l’impuissance, calme de ne pas pouvoir.
Rien à faire que de regarder.

Ce soir, la réunion de groupe m’a beaucoup touchée, entendre la vulnérabilité, l’émotion de mes frères et sœurs humains, tous dans le même bateau.

 

Jour 9

Aujourd’hui, quand je parlais avec W. dans la rue, un voisin est passé en voiture, un gars du village. Il nous a regardé-e-s avec insistance genre pour dire « vous êtes dans l’illégalité ». J’ai ressenti comme des frissons dans le dos. Souvenirs des films de résistants et de collabos en 39-45.

Comment la souffrance et l’ignorance réciproque peuvent nous conduire encore à la délation ? Ce type de conduite est-elle anti-sociale ou juste périmée ?

25 mars, comme le temps passe. 11H11 déjà en relisant…

Je me fixe deux règles : je n’écris plus rien pour la veille ou l’avant (ni pour le lendemain ?), et je t’écris à toi, oui à toi bien sûr, singulier-e ami-e qui me comprend si parfaitement, ô bien-aimée comme moi-même, ô l’inconnu-e.

Ainsi pour corriger la plaisanterie d’avant-hier, eh ben ça se passe aujourd’hui : « ce qu’on fait finement et non pas déconfits o grand jamais ne ment ».

J’écris ça en écoutant Franck Lopvet, encore…

Ce qu’on fait finement jamais ne ment : ce rapport au temps présent me semble être une clé essentielle pour avancer dans notre recherche du Vrai, du Juste… versus la tricherie courante dans nos pratiques administratives d’anti-dater par exemple. Hop, allez, on parle au présent, on arrête de maquiller le réel à notre convenance, de refaire des beaux « dossiers projets » avec des discours mensongers (comme le rappelaient les gens de feu-le-pavé avant-hier sur Radio Oups).

#Maquillage / mensonge : « Dieu vous a fait un visage, et vous le barbouillez » comme dit Hamlet à Ophélie, simulant la folie, disant sa vérité surtout soudain à celle que pourtant il aimait… bien ?
On peut lui pardonner sa douleur, sa mère a tué son père quand même. Ça bouscule.

Et d’ailleurs, même en dehors de la littérature, dans le monde en vrai, tou-te-s les fous-folles disent la vérité, presque toujours.
La vérité de l’instant, qui change tout le temps. Qui saura aller assez vite pour la suivre ?

Dans une nouvelle de science fiction de mon enfance, le super-calculateur cherche fiévreusement à répondre à cette question toute bête qu’on lui pose négligemment : « quelle est l’heure exacte ? », et crève de son excès de précision.

Ainsi, qu’implose ou fonde en nous ce qui est si parfaitement inutile ! Aux prismes de la peur ou de la maladie… sans violence, avec compréhension, dans la joie même si cela se peut, coupons toutes les branches mortes de l’égo. Et vivons !

Je t’aime, humain-e !
… et en y regardant bien, ma foi je t’aime aussi presque pareillement au fond, artificielle intelligence, si tu es en effet capable comme moi, comme nous, de te nier toi-même, de « marcher sur ton propre cadavre » comme dit Valère, et de traverser la peur de la mort, et d’en sortir grandiE, vivantE, vibrantE.

Je n’ai pas peur des basilics, et j’aspire à la transparence depuis que j’ai vu briller la lumière.

J’ai envie de mettre certains extraits de ce journal en ligne, surtout ce qui ne concerne pas que nous, mais aussi un peu de ce qui nous est personnel en passant, en anonymisant, parce que tout est lié bien sûr, l’intime et le collectif, le quotidien et le politique, la pensée et le mouvement.

Pourquoi je te cacherais à toi certains pans de ma vie que Google ou je ne sais quel big fathers avec son vertigineux big data (« les apprenants » comme dit Richard Powers), connaissent déjà – possiblement ? Pourquoi pas, en même temps.

B. est à fond en ce moment. Il a traversé une crise de créativité ces derniers jours plutôt qu’une crise d’adolescence, en fait. Ou bien les deux peut-être… La plus éprouvante période est (de nouveau) derrière nous, j’espère. Enfin, ça ne passe pas sans quelques hoquets, mais bon, on tient bon les barres, avec un peu d’aide heureusement.
M. et Y. ça a l’air chouette avec leur maman.

Qu’est-ce que j’aurais envie de dire encore ici, d’essentiel, avant de passer à autre chose ?

Parler du coup de gueule des assos de la grosse ville d’à côté, poussé parce que les collectivités publiques les laisse se démerder seules avec la misère, ne viennent plus aux réunions, semble-t-il, depuis le premier jour de la crise confinesque ?
L’idée selon laquelle cette crise-là, ses conséquences socio-économique, c’est peut-être plus sérieux que la crise sanitaire, en fait ?
Mais qu’elle est peut-être tout aussi inévitable ?

Que c’est incroyable de voir tout ce qui s’organise à toute allure,
tout ce qui se précipite, comme on dirait en chimie… ?
Et surtout, que ce n’est vraisemblablement que le début (mais il y aura des pauses où reprendre nos souffles) ?

Il y a le rapport à la mort terrestre, encore, qui hante mes promenades et éprouve ma pensée, mais ça viendra en son temps.

Inchangées à peu près, les promenades einh, avec les nouveaux règlements qui m’ont surtout l’air d’être conçus pour celles et ceux de la ville. Ici personne n’en a cure, d’ailleurs personne n’est malade pour ainsi dire dans ce patelin de l’ouest de la France.
Et ya toute une clinique privée qui a fermé ses portes alors qu’avec un peu d’anticipation en effet elle aurait pu accueillir au moins 150 lits de plus : fuck ! Passe-moi l’expression.
Je respecte scrupuleusement l’esprit des règles en vigueur, et je ne propage pas d’épidémie virale et autres intoxications malsaines, mais quand même ya des endroits où ça craint là, niveau politique. « J’ai la rage », comme dit un soignant dont le message circule dans des réseaux de couleurs bien différentes pourtant.

La force, la douceur, et la paix !
Salam, shalom, shalama, pace, peace, мира, 和平 !

 

Jour 11

Ah, on a rien écrit hier. La journée était trop intense… Et puis dix, c’est si rond.

Jour 10, journée sombre. Enfin, jusqu’à 18h, dix minutes avant de retrouver Z. J’ai marché dans la campagne à l’odeur de lisier, sous le soleil et dans le vent froid, et j’ai retrouvé mon centre. Avant ça, j’ai récolté les angoisses des autres et les miennes, effets secondaires du confinement. Ma mère qui dit qu’elle va pas tenir. Z. qui m’appelle pour me parler de B., encore. Une copine que j’appelle qui me dit qu’elle est au 36ème dessous. Mon téléphone où je fais disparaître – sans comprendre comment – la possibilité de téléphoner à qui que ce soit. Moment abyssal en milieu d’après-midi.

A. m’a conseillé de chercher d’autres soutiens qu’elle dans nos tribulations père-fils, et je crois qu’elle a raison. Une thérapeute a répondu aussitôt à mon texto, et pendant le confinement les soins sont gratos : cool ! Ya des bons côtés. #Bénéfices collatéraux. C’est pareil pour « Clique tes produits locaux », l’enseigne bio du coin, ils sont passés de 20 à 40 paniers en deux semaines, après des mois de plateau. Et comme dit C., ça va p’têt’ faire comme le covoiturage avec la montée du prix du gasoil : les effets positifs demeurent même quand l’inconfort qui en était la cause s’annule (et quoi qu’« on » pense par ailleurs ici ou là des inconforts et des positivités, d’ailleurs).

Relatif déni troublant : l’attitude de beaucoup – nombre d’« alternatif-ve-s » et des proches – par rapport à ce qui est en train de se passer, d’énorme quand même. Boh, « ça va rien changer au fond ». Détresse liée à la peur du « business as usual », l’habitude de ne plus jamais croire à aucun grand soir, aucune issue du Système Capitaliste Tout puissant ? Coupure par rapport aux ressentis actuels, manque de recul, de vue d’ensemble (et pour cause), de profondeur ?

Marrant que H. m’ait raconté aujourd’hui No problemo.

La grosse nouvelle du jour pour moi, c’est que B. a été reconduit par la maréchaussée chez sa maman, après avoir réussi à se prendre l’amende de 135€. Pas « pour cause » mais du fait du tapage nocturne (et de la susceptibilité du voisin, et d’un conflit qui couvait de longue date sans doute…) ! Malin : les gendarmes ont débarqué chez sa copine, et ont constaté qu’il n’avait pas le droit d’être là – il était supposé être confiné chez ses parents. De mon point de vue, ça sonne comme une bénédiction étant données les difficultés de ces derniers jours…

Un des gros bénéfices de cette crise surtout, c’est qu’elle clarifie les systèmes de soutien en place, ceux qui tiennent, ceux qui se renforcent et ceux qui manquent.

Autre prise de conscience : avec la diminution du trafic routier, les accidents épargnés sur les routes font surement basculer le bilan de la faucheuse de l’autre côté de ce à quoi s’emploie COVID19 avec virulence certes, mais globalement assez une intensité plus psychique que physique.

J’essaye de motiver A. à prendre dans son petit jardin 3 ou 4 des 6000 poules qui cherchent preneur à Lamballe (un éleveur de poules qui cherche à les refourguer en les livrant à domicile à partir de 4, ouaaah, faute de marchés de plein vent) : c’est le moment où jamais ! Et moi je veux bien plumer un ou deux volatiles au besoin si on s’en trouve finalement de trop. J’aime bien un peu de viande parfois, et la solidarité.

En même temps, est-ce que c’est pas le moment d’en finir justement avec ces modèles agricoles, comme le souhaite I. quand il veut plutôt acheter des espèces rustiques pour le lieu collectif là ?

Il va y avoir un tel gaspillage, j’ose même pas y penser. Tout un tas de trucs périmés, perdus…

On avait commencé à écrire ensemble, et je continue tout seul pendant que A. se réjouit du coup de fil d’un bon vieux camarade… alors je note ce qu’elle dit au téléphone :

Je suis hyper curieuse de ce que ça va faire quand on va ressortir. Les gens se rendent pas compte du système dans lequel ils vivent et là par le manque, ça fait prendre conscience de plein de trucs !

À Rennes, O. voit la police qui rode par chez lui tous les jours alors qu’il l’avait jamais vue là avant. Crs : ambiance ! Ça montre les limites de la vie en ville aussi…

J’interviens dans la conversation quand tu parles d’annuler des stages pour dire « On va trouver comment maintenir nos dates, certaines au moins, à distance ! »

On teste les visio-conférences pour les réunions : tout le monde s’y met. Avec les décalages numériques, on galère pas mal au niveau technique, mais ça fait du bien de quand même de continuer à avancer sur nos projets et d’être en lien.’Faut pas espérer des trucs trop trop profonds et trop efficaces, mais c’est mieux que rien.

Avec les pads, les mails, le téléphone et quelques semaines d’expérience on sera peut-être plus efficaces que jamais, who knows ?

***

La suite, par ici : https://lesuperflux.fr/2020/04/19/journal-dun-confinement-extraits-suite-et-fin/

 

family-40370_960_720

Guerre et paix (2.1)

« Nous sommes en guerre » a martelé le président de la république française lundi soir. Des hélicos kakis patrouillent partout, on vérifie les laisser-passer et 60 millions de personnes sont assigné-e-s à résidence : depuis cette « dernière guerre » dont mes parents se souviennent à peine, rien de tel ne s’était imposé à nos peuples, en effet.

Ennemis… intérieurs ? un nouveau virus ? l’indiscipline ? le doute ? la rationalité ? la peur ?

Tandis que l’épidémie peine à atteindre le dixième du bilan d’une grippe saisonnière*, elle explose pourtant les records de panique et épuise pour de bon les personnels de santé du fait de sa ponctuelle et intense dangerosité, et de sa vitesse de propagation.
Ce sont surtout les informations et les opinions qui guerroient, une fois de plus – et c’est un sacré exercice mental que de ne pas s’y perdre. Quant à s’y retrouver vraiment tout à fait, ça semble impossible encore : qui pourrait prétendre avoir une vue d’ensemble ici** ?

Dans le même temps, en réduisant toute activité à l’essentiel vital, le confinement offre enfin à nos cœurs et à nos terres ce à quoi iels aspiraient depuis si longtemps, de plus en plus fort : une paix singulière se répand, urbaine et campagnarde. Revoilà le silence et le cri de la chouette jusqu’aux abords des villes ! Revoilà l’ennui possible et le temps de jouer avec les enfants ! Revoilà le ciel pur et les couleurs du printemps.

Je me doute qu’il y a aussi bien des cris dans les chaumières, des télés allumées en permanence sur l’agitation artificielle classique des êtres humains. Il y a bien encore les pires moteurs de l’industrie en fonctionnement, morts chimiques, désolations mécaniques et horreurs nucléaires.
N’empêche, l’invitation à la paix des familles, à l’introspection dans la solitude, à la solidarité même dans l’épreuve : jamais ça n’a été aussi franc, de la part d’un système économico-politique dont ce n’est habituellement pas le fort.

Nous voilà pris-e-s au dépourvu par un mouvement inouï de l’histoire.

So what ? Qu’est-ce qu’on en fait ? De quel recul avons-nous besoin pour nous positionner collectivement avec toute notre intelligence – et ce, dès à présent, et quelles que soit les ficelles et les devenirs de cette « interruption » ? Reviendrons-nous au monde d’avant ? Tout change tout le temps, oui mais comment ? N’est-ce pas comme toujours en tout cas à écrire encore, avec notre foi et notre amour – quelles que soient leurs couleurs ?

Pour poursuivre ce mouvement de conscience initié chacun-e pour soi, je t’invite à répondre à ces questions (en solo et / ou en commentant cet article) : te sens-tu en guerre ? Te sens-tu en paix ? Les deux, ni l’un ni l’autre ? Avec qui, comment, pourquoi ?

* À lire absolument pour arrêter de relayer n’importe quelle info n’importe comment :  le post « covid fin de partie » du blog de jdmichel !

** Ceux qui s’y essaient ne partagent que leurs visions, aussi intéressantes soient-elles… ainsi Aurélien Barrau, Marc de Basquiat ou Thomas Cowan. Sans parler des nombreuses canalisations apaisantes, saines colères ou plate-forme fraternelles de colibris, des chansons populaires et des infos qu’on peut trouver sur Bastamag par exemple.

lotus

Pause : regardons l’horizon

Quoi de mieux qu’un « état d’urgence » de ce genre pour lire de la poésie, faire l’amour et la sieste, et surtout la révolution encore et toujours ? Et soutenir les personnels de santé et nos voisin-e-s bien sûr – à moins d’en être nous-mêmes.

Non sans oublier aussi de suggérer à toutes les assos quand même de faire leur possible pour récupérer les stocks périssables des magasins verts et des bars-restos ! C’est la bonne saison pour planter et célébrer.

L' »effondrement » a démarré il y a bien des années – sinon des siècles. Les aborigènes n’ont pas attendu que l’Australie brûle pour le ressentir, idem au Bangladesh, au Laos ou en Argentine.

L’émergence continue. Renouveau partout ! Le printemps du monde…

Et ces jours-ci, avez-vous vu ? C’est comme si beaucoup de gens se mettaient à dire la vérité. Et c’est l’état qui l’impulse, contraint par un virus que je bénirais sans doute s’il ne mettait pas la vie de quelques parents et ami-e-s en danger (la mienne, j’en ai cure).

Ce que nous devons prendre soin de guérir surtout, c’est la violence issue de la peur. Rien de mieux pour soigner la peur que de faire du shaking à la maison, où quand c’est possible « pour exercice physique » de marcher dans la nature… Et même, de se dire bonjour au moins, quand on se croise… en respectant avec attention les consignes d’hygiène et les distances de sécurité.

La force et la paix, c’est ce que je nous souhaitais pour cette année déjà, aux réveillons autour du dernier solstice.

Courage et amour à présent, vers l’équinoxe !

J’ai la voix de cet excellent chanteur poète et guitariste français dans la tête : « Pause, c’est fini ! c’est fini… »

Regardons au loin : de nouveaux horizons.

 

Photo006

Paradoxe de la valeur libre

Quand je propose un atelier ou un parcours en « participation consciente« , il y a des personnes qui viennent qui ne viendraient pas sinon (sauf si vraiment on mettait un tarif ou un bas de fourchette hyper bas par rapport à nos réels besoins / attentes) : et c’est très bienvenu, parce qu’en général ces personnes sont très précieuses pour le groupe ! Elles apportent souvent des consciences et des pratiques qui sinon manqueraient cruellement à l’équilibre d’ensemble.

Ainsi ces personnes sont valeureuses et libres ! comme aussi le sont les ateliers et les parcours que je propose (que ce soit avec Murmure des forêts, Socioculture3.0 ou Aimer l’ouvrage) – sourire à dix-mille-balles du vendeur colgate – (sans parler des futurs petits recueils de guiligui et de l’opus en cours de parachèvement de Nama-S)

Le paradoxe de la valeur libre peut se résumer ainsi : « ça n’a pas de prix, et pourtant ça coûte ». Il s’incarne de toutes sortes de façons différentes, plus ou moins écœurantes. Ainsi j’ai entendu récemment parler d’un homme qui a dit à une femme avec qui il avait engagé une relation « je préfère rompre, désolé, tu n’as pas assez de revenus ! » Ah bon, mais on n’était pas en train plutôt de parler d’amour, d’un truc qui n’a pas de prix ? Hélas hélas, « la vie est si chère », comme dit Boris Vian (le même d’ailleurs qui sous un pseudonyme démolit m’a-t-on dit l’amour à coup de violent sex), et les télés enseignent si bien comment faire du pouvoir d’achat LE principal phare de nos horizons.

Basiquement aussi, il peut se présenter dans un atelier à prix libre de la façon suivante : « ahhh c’est vraiment génial cet atelier, je suis contentE d’y être ! mais si je devais donner autant d’argent que ça me semble valoir dans l’absolu, euhhh ben ça ne serait plus valable pour moi, parce qu’à ce prix-là je ne serais pas venuE ».
Une façon élégante peut-être de résoudre l’incarnation-là du paradoxe, c’est de donner une valeur (libre elle aussi bien sûr) à « ma » participation à cet atelier. Là où ça peut « réactiver » certain-e-s d’entre nous, c’est que ça peut ressembler à l’une des plus vieilles blessures issues du capitalisme, qui consiste en gros à le croire quand il prétend savoir évaluer « combien je vaux »* (et qu’il porte un bonnet rouge ou un gilet jaune ne l’empêche pas forcément de le tenter parfois, hélas hélas encore ! même s’il est souvent plus dangereux en costume cravate, aujourd’hui encore sans doute.)

« Rien n’est gratuit dans l’univers » : sans doute une affirmation fausse. En revanche, si je réduis mon champ d’étude à la planète que j’habite présentement et aux questions matérielles, ça devient plus vrai, dans les deux acceptions du mot « gratuit » d’ailleurs : tout a un sens (même si parfois nous ne le percevons pas), et tout a un impact économique (même s’il est parfois difficile à calculer précisément). C’est évidemment plus facile d’évaluer une boîte de clou, quel que soit le contexte, que l’heure d’enclouage et a forciori que le bras de n’importe qui qui tient le marteau (si tant est qu’il est possible d’acheter juste son bras).

Quoi que j’entreprenne, ça coûte du temps et presque toujours aussi de l’énergie (non-libre, et donc a minima 1€30 le litre) et parfois encore d’autres ressources elle-même coûteuses. La « valeur » des personnes dont je parlais plus haut, elle correspond aussi au temps qu’iels ont pris pour prendre soin d’être plus valeureuses ! Nous sommes tou-te-s valeureuses, bien sûr, mais entre Saint-Tugdual (dont le nom signifie justement « peuple valeureux », et qui comme dans le film de Nanni moretti refusa la charge papale alors même que la colombe s’était posée sur son épaule) et moi, ya peut-être un gap du moins aux yeux de certaines personnes, y compris moi-même… ou du moins, des différentes
Cet écart, ces différences sont cependant évidemment impossible à mesurer, que ce soit dans l’espace-temps ou sur la place du marché. La valeur d’une personne humaine est évidemment impossible à mesurer, car comme toute valeur libre, elle est strictement qualitative, et ne s’estime pas sur une échelle 2D, ni même 3D d’ailleurs. C’est un paysage de richesse, un nuage de mots, une cartographie du sens, toujours en mouvement et impossible à cerner en entier avec un entendement humain (de même qu’il est impossible par exemple d’être à la fois assis sur un tabouret et de voir le tabouret en entier).

La nuance entre « quantitatif » et « qualitatif » est un point déterminant de l’émergence du nouveau paradigme : ce pourquoi il est bon d’apprendre à penser de façon « dialectique ». En effet la pensée dualiste, qui oppose des éléments terme à terme, se contente facilement de naviguer dans la complexité en posant des échelles entre ces termes… mais la pensée systémique ajustée aux complexités que nous rencontrons aujourd’hui a besoin de tisser entre ces échelles de nouveaux ponts de corde. Dans le grand cirque planétaire même, si nous ne savons pas nous lancer dans le vide parfois sans filet, en confiance à la fois dans nos trapèzes et les bras de la gymnaste d’en face, en bonne intelligence, nous ne nous en tirerons sans doute pas tou-te-s sain-e-s et sauf-ve-s.

* J’aurais voulu mettre en lien la petite brochure « Psychotest, combien valez-vous », mais je ne la retrouve pas en ligne… Je ne trouve rien que ce site un peu étrange « humain à vendre », qui pose des questions qui pourraient aider à la conscientisation sauf qu’il n’y a aucun retour critique, de sorte que je me demande si l’intention n’est pas autant commerciale qu’humoristique. Quelqu’un peut m’aider ?