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Lutter, dialoguer

Lutter, dialoguer : avec la parole ou avec les corps, deux volontés – ou bien plus encore parfois, si l’on compte lignées et solidarités, les démon-e-s ou les anges – se confrontent, conspirent, divergent ou se résolvent.
… et sauf à ne lâcher aucune cuirasse, aucun bouclier – mais peut-on se parler sans prêter le flanc ? peut-on se battre en mode scarabée ? ça bouscule, ça renouvelle, ça dérange, ça fait parfois un peu mal, mais surtout au final : beaucoup de bien !
Et même pas qu’aux deux-là du début en général, en plus…

Playfight Salz burg, 20181104, c)wildbild
Playfight ? jouer à se battre… cf. cette vidéo UTub

Dialogue : on entend bien l’étymologie de plusieurs logiques qui se rencontrent.
C’est une danse toujours, plus ou moins fluide, plus ou moins brutale. Ça se joue avec les oreilles et les bouches – et (dans une moindre mesure ?) le reste des corps. Toutes les bouches en présence contribuent au dialogue, par la parole ou par le silence. Chacun-e à l’écoute retrouvera ses propres résonnances – et peut-être les enrichira de nouvelles vibrations.

Que ça ressemble à une dispute philosophique, à une chamaille sororale, à une célébration folle ou à une création enthousiaste, si ça dialogue, alors c’est que des logos se cherchent, se pouillent ou se dépassent, se marient ou s’observent de loin mais en tout cas dansent. La raison de chacun-e, les relations entre tou-te-s sont forcément concerné-e-s, et nul n’en sort indemne.

Lutte : à moins qu’il ne s’agisse de militance dure – et encore ? toujours au carrefour entre l’affrontement et l’amour – car pratiquement dans toutes les luttes traditionnelles, le but n’est pas de nuire à l’autre, seulement de le renverser ou de le faire sortir du cercle.
En venir aux mains : nous sommes face à face, les yeux dans les yeux, avec nos idées sur les questions encore peut-être et une injure au coin de la bouche, mais à présent surtout avec ces os, ces muscles et ces tendons qui actualisent l’enjeu avec force : où est-ce que ça m’importe ?
Tu mords la poussière ? Tu as pris le risque et c’était courageux, mais tu as perdu : tu ne peux que le reconnaître… humblement ?
Je te pousse hors du jeu ? C’est moi qui reste, là, parce que j’ai gagné ! Mais tu pourras revenir, si tu le veux. Est-ce que je suis d’accord, et… qu’en disent les Règles ?

Jadis, lorsque la justice ne parvenait pas à démêler un différent, elle proposait de se battre pour le résoudre. « Dieu » (soi-disant) donnait raison à cellui qui gagnait, même si la finance (pour embaucher et équiper tel valeureux champion à sa place…) ou les talents (les titanEs et les cYclopes de l’époque écoutaient-iels telle pauvre fille, esclave ou ensorceleuse ?) à l’évidence avait rendu le duel inégal.
On retrouve cette idée dans différentes anticipations et utopies : ainsi le Yaka de Bolo’bolo ou le Kanly de Dune – deux fictions qui méritent le détour, si tu en as les loisirs !

Aujourd’hui dans un affrontement physique, rien ne nous empêche d’imaginer des façons justes et créatives d’équilibrer les forces en présence.
Par exemple, faire appel à un joker qui houspille et challenge, ou proposer à chacune des deux parties de définir un soutien dans l’assemblée à qui faire appel au besoin – c’est comme ça dans la « sacrée lutte mixte » que nous décrivons plus en détail dans le déroulé de la fête du Peuple de la paix – ou encore, attacher des tissus plus ou moins lestés aux membres des lutteur-euse-s, d’autres entraves en guise de handicap, etc.
La « main au chapeau », l’étonnante étymologie anglaise du « handicap » (probablement, selon Larousse) peut d’ailleurs ici nous informer. Si les handicaps d’une course ou d’un combat sont bien pesés, équilibrés, alors faire un pari sur qui gagne revient à tirer au sort des papiers dans un chapeau. Tout le sel de l’affaire est de s’accorder sur ce juste équilibre – et certes cela peut aussi être l’objet d’un conflit, d’un dialogue ou d’une bataille.

Y a-t-il un autorité (processus ou sagesse) reconnue comme telle par tou-te-s dans la communauté ? Y a-t-il, déjà, une communauté qui se reconnaît comme telle ?
Nous ne résoudrons sans doute plus nos conflits de façon intelligente et cohérente avec nos principes, ces prochains temps, sans que ces questions soient traitées – au moins un peu.

Lutte ou dialogue, dans les deux cas. il s’agit d’affirmer des puissances… personnelles ? Pas nécessairement.

Car les idées que « je » partage ne sont pas « à moi » : à moins d’être philosophe (pourquoi faire ?), et même alors au fond peut-être, « je » ne pense qu’avec ce qui a déjà été pensé, ne serait-ce que par la Déesse. Nous traçons nos routes / notre route, de là où nous en sommes, avec nos cœurs, nos principes, nos besoins et nos intuitions… dans une « noosphère », un vaste esprit dont notre pensée ne parcourra jamais qu’une part infime. Infime mais toujours digne d’être : le dialogue véritable en témoigne nécessairement, s’il a lieu ! c’est-à-dire si ce n’est pas un dialogue de sourd-e-s, un jeu de domination intellectuelle, un discours, un renoncement, une queue de poisson…

Si dans un conflit réel nous parvenons à nous écouter vraiment – au risque d’être transformé-e-s à tout jamais, comme le dit telle vieille sagesse – il y aura forcément une rencontre, une compréhension, quelque chose qui sera changé ensuite entre nous c’est-à-dire de part et d’autre. Même si, par exemple, par la suite nous tenons la distance, il y aura cette trace en chacun-e, ce souvenir reconnaissant de l’existence de l’autre, en tant que sujet, être humain-e.

Accepter de dialoguer c’est donc toujours prendre ce risque de reconnaître la puissance de quelqu’un-e autre et de son monde – et d’en être affecté-e. Mais c’est aussi toujours saisir cette chance d’affirmer face à ces « autres » la puissance de ce qui nous traverse, de la voir grandir et se transformer.

Évidemment la question qui se pose aussitôt c’est « à quelle conflictualité consentons-nous », les un-e-s… et les « autres » ? Et la réponse est tout aussi évidemment fonction des espaces (institués ou non) où nous pouvons espérer les traiter. Comme dit le sticker, « les femmes n’ont pas obtenu le droit de vote… en votant ! »

La violence contemporaine des modèles en place de confusion sociale et de mensonge – qu’un anonyme peut-être trop renommé et dur encore déroule avec une lucidité effroyable dans son très décrié et certes difficile manifeste conspirationniste* – est justement de reléguer tout conflit réel dans les marges de la mystique, de l’illégalité ou de la folie.
Et les apôtres un peu trop fraichement « woke » du développement personnel et/ou de l’anti-quelque-chose-pour-exister intègrent assez volontiers ces normes individualistes comme justes, et te « bloquent » sur leur smartphone après t’avoir passé le contact de leur thérapeute.

Bref : c’est plutôt localement que nous pouvons espérer faire société encore – secrètement ou non, civilement ou pas – mais certes pas sans conflictualités, en tout cas.
Rien de neuf : depuis 25 ans que nous enchaînons les mouvements qui protègent et soignent le commun (et ne le « fabriquent » pas tant… car pour l’essentiel il est déjà-là, comme le rappelle Michel Lepesant dans sa dernière « lettre du 12 », même s’il depuis la féodalité on s’est bien fait démolir), en cherchant à réconcilier les hippies permacoles de Transition town avec les spiritualistes queer de Solaris et surtout avec les genTEs d’là, jaunes ou rouges ou noir et blanc-he-s – on le sait bien, que ça se joue beaucoup près de chez nous.
N’empêche : il faudra bien s’organiser entre cellules pour gérer les centrales et les autres déchets des anciennes centralités. Re-bref, je reviens à nos moutons (noirs, endémiques, OGM…)

Lutter, dialoguer. Traiter les conflits au fur et à mesure, et à bras le corps.
« Lutte ou dialogue, dans les deux cas. il s’agit d’affirmer des puissances… personnelles ? » Pas nécessairement.

Idem ce corps que j’ai ou que je suis (selon la vision), ne « m’appartient » pas – il est fait d’une histoire si vaste et dont j’hérite, il est un carrefour de chair et d’énergie qui change à chaque instant et au fil de ma vie, il n’est « moi » que dans la mesure où je le crois. « Deux pieds, deux mains, pour jouer avec le monde », comme dit Hélène Babouillec, autiste sans parole (… orale et jusqu’à ce jour).

Et cependant, j’y suis. C’est avec ce corps, cet esprit, que je suis engagé aujourd’hui. J’ai à tenir compte de ses perceptions, de ses affects : en fait, je ne peux tenir compte que de cela ! Seule ma perception des vécus du corps, d’instant en instant, peut me permettre de sortir de cette atroce confusion mentale savamment entretenue par des pouvoirs délétères, mais aussi par mes propres blessures d’enfance, hélas, là où je n’ai pas su les guérir : je suis bel et bien un-e être humain-e, pas de doute. Qui nie cela parmi nousses a un grain, un spectre dans le traversin ou des puces en excès de zèle dans les veines.

Ainsi, pour « faciliter », nous avons besoin avant tout d’une conscience du corps bien éveillée – de l’université du Nous au forum de Zegg en passant par la Dynamo et certains avatars de la Grenaille, c’est cela que nous avons cherché à mettre dans « l’intelligence collective », plutôt que du management à la bienveillance bon ton, servilement au profit d’une idéologie invisible. L’amour n’est certes pas toujours tendre, doux et moëlleux – même s’il peut l’être aussi parfois !
Et pour résoudre nos conflits, nous avons besoin de temps, de regard, de souffle, de sueur peut-être, de peau sans doute, de ventres et de jambes, en tout cas.

Lutter, dialoguer : dans les deux cas il s’agit d’affirmer des puissances – et plus celle de l’Autre nous challenge, plus la lutte et le dialogue ont du sens. Non pas pour la gloire qu’il y aurait à vaincre des périls, mais pour l’issue que notre Humanité n’a pas d’autre option que de chercher à son incarnation – sauf à périr absurdement avec sa planète.

Conflit : deux personnes manifestent une tension. Mais il y a toujours plus de deux personnes concernées en fait. In fine, tout conflit concerne toujours l’espèce entière – même si ça va de soi qu’on ne va pas convier l’ensemble des myriades au cercle restauratif (encore qu’une bonne retransmission satellite … ?)

Puisqu’il s’agit d’homo sapiens au XXIème siècle, on peut même ajouter que n’importe quel conflit entre deux d’entre nous concerne non seulement notre espèce, mais même aussi toutes les autres vies dans les écosystèmes où nous croisons. Sacrée responsabilité einh ?
… ouais, on en arrive toujours à cette angoisse-là, tôt ou tard… mais on en ressort parfois, aussi !

* Lire possiblement, en complément, cet intéressant article stratagémique qui alerte, entre autre, sur les risques du fratriarcat : https://lundi.am/Petit-Manuel-a-l-usage-des-conspirant-es
Pour une critique rationnelle et socialiste ou littéraire du Manifeste conspi, on peut lire M. Tenne ou M. Confavreux. Pour en lire un extrait (l’opus est en rupture, ça fait peut-être partie du Plan :^), aller chez contrepoints. Phénomène médiatico-intellectuel qui ne laisse pas aussi indifférent qu’un énième pamphlet chez un éditeur gauchiste : à l’évidence il a assez bien réussi son coup. C’est un livre puissant, un grimoire, une poïésie, d’un magicien qui n’en est pas à son coup d’essai.
Est-ce qu’il y aurait moyen d’y répondre mieux ?

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