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Cette personne

Sept personnes dans ma grammaire,
Je Tu Ille On Nous Vous Iels !
Cette personne au cœur du vers,
le fruit qui pousse en nos ciels.

Qui est là ? je ne m’en lasse
de ces questions hallucinées :
sans cesse ton esprit ressasse
toute la possibilité.

Nous n’avons pas fini d’en voir,
à l’horizon de la syntaxe,
des idéaux et des espoirs,
des collectifs et des hapax.

 

JE

J’ai la chance d’être,
mais qui ?
… et où déjà oui,
quoi qu’ici ? Quand ?
Qu’y suis-je ?
J’y
joue le jeu,
maintenant,
jubilé,
bouge les jambes,
oh, premier jour ! où ?
ça souffle entre les joues :
la joie, rouge !
Où jouis-je ?
à quoi joué-je ?
Ça gémit « moi-je »,
à demi-mot parfois – euhhh…
mais ça ne sait pas toujours bien pourquoi.
Pourquoi ça, je ? Quand même ?
Sage, c’est mon ami
qui me dit « bah ! J’aime… »
Et voilà, go : je te suis aussi.
Je ne joue volontiers qu’à ça, ici.

 

TU

(en cours : veux-tu l’écrire aussi ?)

 

ILLE

Il est une île avec des ailes :
tu la visites tous les jours,
t’envoles chaque fois sans elle,
et sans toi elle suit son cours.

Troisièm’ personne, toi qui EST*,
je te cherche le cœur ardent !
Mais toujours je te reconnais,
tu redeviens l’Ève ou l’Adam.

Il était une foi, ou pas ?
Il est même il sera oui !
Elle était un genre de loi,
qui s’applique à moi aussi.

Vous pouvez vouloir faire sans,
Nous pouvons croire à ci ou ça,
Mais ce qui concerne le sang,
Iel sait bien que ça se joue là.

 

on

On n’y voit goutte,
oh lumière ! on est tout
ébloui·’ par le monde qui vient.

On n’ pense à rien,
et pourtant on sait bien :
tout, tout est là depuis le tout début.

On est perduE,
égarés, éperdue·s,
on est au clair pourtant sur le chemin.

On prend la main,
le berger ou son chien,
ou même les moutons, on aime tant.

On redescend
et on remonte aussi,
on est là-haut et tout pareil ici.

 

NoUS

(en cours : que voudrions-nous y trouver ?)

 

VOUS

Humains mais… qui êtes-vous donc !?
Vous le direz enfin, ou non ?

Vous êtes pluriel, vous êtes singulières,
vous êtes inconnu-e(s) peut-être et pourtant familier-e(s),
sans doute, et tou-te-s nu-e-s (même pour qui n’y voit goutte).

Parfois si loin de loin de moi,
vous et tout bougez si vite !
Il faut regarder à deux fois
de plus près pour saisir pourquoi
tu m’évites, oui : vous m’évitez !
Et je me quitte désolé·e.

Parfois vous êtes aussi
bien trop près soudain.

Sciences, fausse consciences,
poudres aux yeux, morts et croyances,
vous me faites violence : mince !

Et vous pensez « songe, mensonge »,
vous dépensez : vital, normal**,
non mais, vous voulez rire ?
Vous allongez-vous pour mourir … mal ?

En un mot, je ne sais dire,
ce que vos corps humains m’inspirent.
Vos bras, votre œil, votre odeur, vos amours,
vos idées sur jadis et toujours, ah !
Un peu d’espace-temps je vous prie,
et du calme aussi, vous êtes juste(s,) là !
Lentement, en entier, si je vous vois.

N’emploie pas trop ce « vous » qui nous aliène,
la gangue artificiellement retient la graine.
Souffle sur la sphère comme sur ce qui brille :
et les akènes s’éparpillent.

Qui sème ? vous aussi ?
Qui ne s’aime pas ? vous si ?

 

IELS

Après avoir douté de tout,
Après avoir arpenté le samsara de part en part,
cherchant la vérité dans dans la grammaire, l’eau ou la caresse d’un chat,
En même temps que de tisser la nature et l’imaginaire avec les fils de la complexité,
quoiqu’en pensent encore l’ingénieur et sa mathématique,
En même temps que d’être, tout simplement, et d’ouvrir ainsi la porte à l’univers,
Avant de construire ces nouveaux récits incroyables pour l’espèce humaine,
Avant d’éteindre l’incendie avec les assemblées des oiseaux,

Après avoir fait tout apparaître et disparaître encore,
la capote et le fusil, la grille de lecture et les brossettes interdentaires,
Après être mortEs et ressuscitéEs,
Après avoir actualisé tous nos décalages, pour vivre un conflit plein de tendresse enfin,
En même temps que de chercher l’amour dans ton visage et dans ta chair, intimes replis,
Avant de saisir chaque instant ce qui joue entre toi, toi, toi et moi, moi et moi et elle et lui,
Avant de partager l’bateau sans se pincer – je rêve – ni même tomber à l’eau,

Après avoir ouvert tous nos yeux, sur la violence ordinaire ou la lumière inouïe,
après avoir demandé pour toutes les guerres pardon, pour tous ces Rubicons que nous avons franchis, oppression ! atrocité facile,
En même temps que nous devenons touTEs queer et bi, en y regardant mieux,
avant que je n’sais quoi,

Après vous,
en même temps que tout
avant que nous…

Iels écrivent de la poésie, marchent dans la forêt ou vivent confinées devant leurs écrans encore, iels se bousculent, s’aiment, se téléscopent et se parlent de tout et de rien, iels conduisent leurs autos et rongent leurs freins, iels font tourner leurs moteurs industrieux et iels en font un sacré boucan profane, emmenant le vacarme même dans leur silence ! Iels s’éveillent, et se rendorment, s’éveillent et se rendorment encore et encore, et iels se regardent sans cesse, pensant souvent que ça ne finira jamais.

Jamais ! S’iels savaient.

 

Notes directionnelles :
* Le soleil se lève à l’Est parce que c’est par là que la terre plonge.
** La malade norme du mâle du Nord, je la mords ! j’honore les morts, je renomme le Mal, je ne marmonne pas l’âme comme à Rome, je la ramone, là.
*** Le sud et l’ouest me semblent bien fléchés, dans ce qui n’est pas encore écrit.

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