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Ressources de reliance (écologie profonde #3 / critikreso #1)

Bienvenue, congénère !
Je partage ici quelques ressources qui peuvent servir la reliance, et plus spécifiquement l’animation du Travail qui relie. Dans ces temps de trouble, notre réseau des tempêtes a tout intérêt je crois à se consolider et à s’approfondir, à se faire confiance et à se critiquer avec sagesse, à s’inspirer de pleine conscience (« vipassana », soufisme et autres) mais aussi et surtout de co-écoute émotionnelle et de justice restaurative (sans parler de tous les cercles et réseaux qui peuvent contribuer à nos systèmes de soutien, de l’équipe de foot du village au mankind project ou aux colibris, en passant par la Zad du coin et ).

Ce texte est une reformulation d’une traduction de Jonna faite par l’équipe de Terr’eveille (qui ont aussi mis en ligne une bibliographie étoffée) : Principes fondateurs du Travail qui Relie 3 (… l’image n’est peut-être pas libre de droits, désolé ! et en plus elle est peut-être trop sexy ? Je la corrigerai à l’occasion !)

Ici, j’ai reformulé la même source, transmutée par Roseaux dansants puis revisitée à l’aune de la co-écoute : 5 principes d’un rapport emotion (et c’est ce texte aussi qui est dans l’annexe « états et équilibres fondamentaux », et dans le chapitre 2 j’approfondis ces processus émotionnels plus en détail, en présentant en particulier le lien très particulier qu’il y a entre la peur et disons « l’amour », ce qu’est en fait la joie et les risques qu’il y a avec ça*)

La partoche et les paroles de la danse de l’Orme (pour d’autres danses chantées en cercle, voir les danses de la paix universelle), audible ici (je sais pas comment la partager en téléchargement sur wordpress…) :

Trois textes bienvenus à partager en atelier : le conte « Le Cinquième rêve« , le message d’un Hopi Elder, et la « 3ème Revolution » de Fred Vargas. Entre mille autres bien sûr, mais bon.

Des citations inspirantes à scotcher / patafixer aux murs des toilettes sèches de la salle de travail (pour une fois j’ai mis un .doc, pour que tu puisses en rajouter facilement dans le même format), et la chouette infographie de Tatoudi sur l’écopsychologie.

Et enfin deux docs en anglais qui peuvent servir pour les facilitateur-ice-s : des bonnes questions préalables à se poser (et qui peuvent aider à formuler celles qu’on propose aux groupes) et un petit check de compétences.

Enfin, ci-dessous un extrait de la fin du traité Socioculture, qui parle du réseau de facilitation en Travail qui relie.

TQR CNV avril 2020 visuel

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… pour penser, rêver, décrocher des ordis ?

Beaucoup d’infos circulent.

Dans les deux derniers articles, j’en ai relayé certaines qui me semblaient avoir du sens.
Ci-dessous en bas, je colle de nouveaux quelques liens auxquels j’ai jeté un oeil et qui me semblent plus ou moins intéressants. Je ne valide pas tout, einh !

Et mais d’abord, je partage le message relayé par un ami clown Camille, qui nous rappelle de ne surtout pas trop nous noyer dans les infos. Lire la Suite

Journal d’un confinement (extraits) : jours 1 à 12

Je copie ici la publication d’un couple d’ami-e-s, avec leur consentement.

Journal d’un confinement

Jour 1 – 17 mars

À midi, on a fini les courses.
Hier déjà presque tout le monde restait chez soi, on pouvait croire que le dimanche avait débordé sur le lundi, mais là… jamais eu autant l’impression de vivre une nouvelle de science-fiction.

Le monde naturel reprend son silence traversé de bruits, les couleurs sont plus vives que jamais.

Entraînement pour d’autres alertes futures à l’effondrement ?
Rumeurs de complots déjà : coup d’état en secret et vente de vaccins, observation des populations, conscience des possibles manipulations de masse à équilibrer avec la conscience de la force suprême de la vie, qui s’y retrouve aussi. Abwoon !

Quelque chose se révèle de la vérité de chacun-e : on tombe les masques.

Y. a tiré la carte du lapin pour l’humanité dans les « cartes médecines », et le lendemain à la balade avec A. elles en ont vu un, tout blanc, grandes oreilles.

« Nous sommes en guerre », et l’hélicoptère passe au-dessus de nos têtes. Ça nous rappelle des vieilles histoires de sièges et de résistance dans les campagnes.

On commence à peine à réfléchir aux conséquences diverses selon les situations : solidarités autour des personnes fragiles, angoisse terrible des personnes en détresse et habituées à certains équilibres addictifs (et ça, ça me concerne directement : B. et son amie plongent soudain), etc.

Et l’économie ? On laisse tout ça s’effondrer qui s’effondrait déjà, ayé, c’est le moment ?

 

Jour 2

« Se rassembler et agir »
Quasi-certitude : on ne reviendra pas au monde d’avant.
R. : « difficile de se projeter tellement le présent prend de la place ».

C’est comme un arrêt sur image. Les gens s’appellent et se disent ce qu’ils vivent mais c’est succint tellement tout le monde est sous le choc. Abasourdissement collectif.

Étrange, que certaines personnes ne répondent pas au bonjour ?
Sans animosité en fait : c’est la stupeur. La sidération.

Mais « les gens », nos voisin-e-s, ont commencé aussi à comprendre qu’ils avaient la possibilité de sortir pour « exercice physique individuel », en signant leur petit papier, alors il y a déjà un peu plus de monde dans la rue, dans le jardin. Les familles restent entre elles, les squares sont fermés.

Le respect de la loi est dans tous les esprits comme si on était tou-te-s sous surveillance. Il y a cette tension du risque invisible lié à l’épidémie, de la responsabilité de chacun-e. Ça crée une certaine façon de se regarder les un-e-s les autres : potentiel transmission d’un virus.

Les gendarmes patrouillent à moto, et l’hélico kaki vole bas, juste au bord de la mer.

L’histoire intime joue comme des échos de l’histoire collective, différemment pour chacun-e. Ici j’ai ramené B. chez moi, qui dort seize heures de rang.

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Guerre et paix (2.1)

« Nous sommes en guerre » a martelé le président de la république française lundi soir. Des hélicos kakis patrouillent partout, on vérifie les laisser-passer et 60 millions de personnes sont assigné-e-s à résidence : depuis cette « dernière guerre » dont mes parents se souviennent à peine, rien de tel ne s’était imposé à nos peuples, en effet.

Ennemis… intérieurs ? un nouveau virus ? l’indiscipline ? le doute ? la rationalité ? la peur ?

Tandis que l’épidémie peine à atteindre le dixième du bilan d’une grippe saisonnière*, elle explose pourtant les records de panique et épuise pour de bon les personnels de santé du fait de sa ponctuelle et intense dangerosité, et de sa vitesse de propagation.
Ce sont surtout les informations et les opinions qui guerroient, une fois de plus – et c’est un sacré exercice mental que de ne pas s’y perdre. Quant à s’y retrouver vraiment tout à fait, ça semble impossible encore : qui pourrait prétendre avoir une vue d’ensemble ici** ?

Dans le même temps, en réduisant toute activité à l’essentiel vital, le confinement offre enfin à nos cœurs et à nos terres ce à quoi iels aspiraient depuis si longtemps, de plus en plus fort : une paix singulière se répand, urbaine et campagnarde. Revoilà le silence et le cri de la chouette jusqu’aux abords des villes ! Revoilà l’ennui possible et le temps de jouer avec les enfants ! Revoilà le ciel pur et les couleurs du printemps.

Je me doute qu’il y a aussi bien des cris dans les chaumières, des télés allumées en permanence sur l’agitation artificielle classique des êtres humains. Il y a bien encore les pires moteurs de l’industrie en fonctionnement, morts chimiques, désolations mécaniques et horreurs nucléaires.
N’empêche, l’invitation à la paix des familles, à l’introspection dans la solitude, à la solidarité même dans l’épreuve : jamais ça n’a été aussi franc, de la part d’un système économico-politique dont ce n’est habituellement pas le fort.

Nous voilà pris-e-s au dépourvu par un mouvement inouï de l’histoire.

So what ? Qu’est-ce qu’on en fait ? De quel recul avons-nous besoin pour nous positionner collectivement avec toute notre intelligence – et ce, dès à présent, et quelles que soit les ficelles et les devenirs de cette « interruption » ? Reviendrons-nous au monde d’avant ? Tout change tout le temps, oui mais comment ? N’est-ce pas comme toujours en tout cas à écrire encore, avec notre foi et notre amour – quelles que soient leurs couleurs ? Lire la Suite

Pause : regardons l’horizon

Quoi de mieux qu’un « état d’urgence » de ce genre pour lire de la poésie, faire l’amour et la sieste, et surtout la révolution encore et toujours ? Et soutenir les personnels de santé et nos voisin-e-s bien sûr – à moins d’en être nous-mêmes.

Non sans oublier aussi de suggérer à toutes les assos quand même de faire leur possible pour récupérer les stocks périssables des magasins verts et des bars-restos ! C’est la bonne saison pour planter et célébrer.

L' »effondrement » a démarré il y a bien des années – sinon des siècles. Les aborigènes n’ont pas attendu que l’Australie brûle pour le ressentir, idem au Bangladesh, au Laos ou en Argentine.

L’émergence continue. Renouveau partout ! Le printemps du monde…

Et ces jours-ci, avez-vous vu ? C’est comme si beaucoup de gens se mettaient à dire la vérité. Et c’est l’état qui l’impulse, contraint par un virus que je bénirais sans doute s’il ne mettait pas la vie de quelques parents et ami-e-s en danger (la mienne, j’en ai cure).

Ce que nous devons prendre soin de guérir surtout, c’est la violence issue de la peur. Rien de mieux pour soigner la peur que de faire du shaking à la maison, où quand c’est possible « pour exercice physique » de marcher dans la nature… Et même, de se dire bonjour au moins, quand on se croise… en respectant avec attention les consignes d’hygiène et les distances de sécurité.

La force et la paix, c’est ce que je nous souhaitais pour cette année déjà, aux réveillons autour du dernier solstice.

Courage et amour à présent, vers l’équinoxe !

J’ai la voix de cet excellent chanteur poète et guitariste français dans la tête : « Pause, c’est fini ! c’est fini… »

Regardons au loin : de nouveaux horizons.

 

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Paradoxe de la valeur libre

Quand je propose un atelier ou un parcours en « participation consciente« , il y a des personnes qui viennent qui ne viendraient pas sinon (sauf si vraiment on mettait un tarif ou un bas de fourchette hyper bas par rapport à nos réels besoins / attentes) : et c’est très bienvenu, parce qu’en général ces personnes sont très précieuses pour le groupe ! Elles apportent souvent des consciences et des pratiques qui sinon manqueraient cruellement à l’équilibre d’ensemble.

Ainsi ces personnes sont valeureuses et libres ! comme aussi le sont les ateliers et les parcours que je propose (que ce soit avec Murmure des forêts, Socioculture3.0 ou Aimer l’ouvrage) – sourire à dix-mille-balles du vendeur colgate – (sans parler des futurs petits recueils de guiligui et de l’opus en cours de parachèvement de Nama-S)

Le paradoxe de la valeur libre peut se résumer ainsi : « ça n’a pas de prix, et pourtant ça coûte ». Lire la Suite

Célébration

En ce début d’année, je me réjouis, car je viens de mettre un point final (et une dernière petite note avec une bête astérisque p.18, après les corrections de toutes les notes numérotées) au corps de notre traité « Socioculture » : il est en ligne dans cette version en cours de finalisation, et je continue à étoffer le chapitre conclusif « Horizon », avant de parfaire son tissage ces prochains jours et de me lancer pour de bon dans l’aventure de l’impression.

Pour permettre celle-ci, j’ai lancé un appel à financement… où je détaille un peu les prochaines étapes et le sens que j’y vois : il est encore temps d’y contribuer !

Par ailleurs, j’ai fêté ça avec des ami-e-s et ça a été l’occasion de faire deux vidéos, qui seront bientôt en ligne sur la chaîne « aimer l’ouvrage », où je viens de partager les traces d’un spectacle enregistré il y a sept ans.

Je suis content de célébrer tout cela en ce début d’année ! Concernant la célébration en général, je renvoie à la section 3.7 du traité évoqué ci-dessus (^;

Écologie profonde #2 : milieux et langages

Je reprends ici des éléments d’une réflexion formulée dans un message envoyé à tout un écosystème suite à un parcours de plusieurs mois : l’ensemble de l’équipe de co-facilitation qui a partagé l' »Ouvrage qui relie »* à la Bascule**. Près d’une douzaine de personnes en tout déjà, avec leurs cultures propres et leurs chemins, ont été amenées là à coopérer avec une commune intention – la reliance à la Terre et à nous-mêmes, pour le dire vite – et nous sommes deux surtout (SV et moi) à avoir suivi de bout en bout tout le fil de l’aventure, en trois sessions. Sacrée expérience, très très riche d’enseignements !

Il y a trois points qui en sont ressortis pour moi en particulier, et qui sont liés : lun concerne nos langages, un second l’oppression mentale et le dernier une question déterminante d’équilibre émotionnel. Je pense que de les nommer peut contribuer au kaizen du Travail Qui Relie (TQR)*** francophone, et à l’ajustement de notre (méta-)réseau des tempêtes, encore (c’est-à-dire la façon dont nous nous relions pour traverser la période du Changement de cap, dont parlent tous les contenus de ce blog, more or less).

J’ai finalement décider de ne pas co-faciliter mais de participer seulement à la dernière session de TQR à la Bascule (ayant contribué déjà aux deux premières et n’étant pas suffisamment disponible au moment-là pour pouvoir le faire encore d’une façon adéquate)… mais bien sûr j’ai quand même fait beaucoup de feedbacks à l’équipe de facilitation qui a animé cette troisième manche à Pontivy (et il y avait eu beaucoup de retours directs aussi après les deux premiers chapitres, ça va de soi : nous forgeons notre ouvrage dans l’action, avant tout).
Pour introduire ces feedbacks, j’ai commencé par dire que c’était « merveilleux » ce qui s’était passé là, et mon incorruptible et tendre collègue m’a fait remarquer après que sans être un contresens, ce n’était quand même pas très congruent de ma part d’avoir employé ce mot.
J’avais bien vu le sens et la justesse de la spirale pour ce très grand cercle, mais j’avais quand même eu bien du mal, personnellement, à trouver ma place la veille dans le fil d’animation. Il avait été tenu pourtant dans l’ensemble avec dynamisme et justesse, mais une bonne grosse part de moi n’a pas trouvé ça merveilleux du tout, en vrai.
Cette « part de moi » (cf Socioculture 2.6) s’est irritée, même, de me voir tricher un peu ainsi avec sa réalité, de « positiver » artificiellement au-delà du nécessaire, du bon, du juste… pour nourrir quelle intention, en effet ?
Pour « faire passer » plus facilement d’autres feedbacks moins évidents à recevoir, ensuite, comme on le conseille en management ? Pour réveiller encore ma blessure liée à l’appartenance et à l’exclusion (d’un collectif de facilitation dont j’avais pourtant tranquillement décidé de ne pas faire partie) ? Quelle peur en fait a pris le pas dans ma bouche alors un peu, pour employer ce mot-là ?

Je ne reviendrais pas sur ce détail s’il ne parlait pas de quelque chose d’important, au-delà de l’anecdote. Je crois qu’il y a une attention au langage qui gagnerait à s’approfondir, pour nous ces prochains temps, afin d’accomplir au mieux notre ouvrage de facilitation et de reliance.
Pour que notre intelligence collective puisse atteindre le stade suivant, passer du grand collectif (comme à la Bascule) jusqu’au territoire,
petit pays intègre ou commune imaginée, toutes ces étapes nouvelles dans la progression bottom-up vers « bolo-bolo » (cf onglet « affiches et autres… »),
il y a un « saut quantique » à accomplir, afin que les milieux se connectent.

New-agers & thérapeutes / business & numérique / agro-artisans (makers des campagnes) / collectivités publiques / militant-e-s engagé-e-s / artistes / …
Chacun de ces mondes, et chacun des mondes plus spécifiques qu’ils constituent ici ou là, génère son propre langage,
et notre rôle dans la facilitation c’est de savoir traduire et trouver les mots qui seront les mieux communs,
les vibrations qui résonneront à la fois ici et là, pour qu’on puisse s’accorder, harmonie concrète – tout en restant bien centré-e-s sur notre authenticité, toujours subjective, liée à notre histoire (et je boucle là avec mon anecdote, où j’ai triché juste un iota de trop avec qui j’étais vraiment).
Ainsi par exemple, le Pacte civique parle de « sobriété » là où je parle plutôt en général de simplicité (volontaire), de Mesure ou même d’austérité (comme Illich plus que comme la banque centrale einh :^) … selon les milieux, tout ça va plus ou moins résonner. Il ne s’agit pas tant de « stratégie de com' » que de stratégie tout court. Il s’agit là de stratégies politiques et contextuelles, conscientisées dans la sagesse de notre Parole et de son immense pouvoir.

Le risque avec cette première idée-là, c’est qu’elle me prenne la tête : heureusement que le langage n’est pas seulement « mental » !
Ce qui est juste peut changer d’une rencontre à l’autre, alors même que ça a l’air de coller pareil.
Le mot qui la veille avait mis tout le monde d’accord parfois le lendemain sonne creux, vidé de sens.
C’est la danse du flux de l’instant qui vibre à travers nous quand la présence facilite, et ça n’empêche certes pas d’y réfléchir entre deux intuitions.

Je suis très attentif toujours aux rapports d’oppressions. À la Bascule, il y a de quoi être réactivé quand on est sensible comme moi : le genre est relativement bien conscientisé, mais il y a des oppressions liées à l’âge, à la classe sociale et à l’espèce humaine (anthropocentrisme) qui souvent passent à l’as. C’est pas grave, ça n’empêche pas de grandir… à condition de parvenir à les éclairer ! Joana Macy elle-même nous a encouragé à prendre soin des rapports de domination avec intelligence, dans une lettre au réseau écrite il y a deux ans (qui la traduira ?), où elle insiste en particulier sur les oppressions liées à nos couleurs de peaux et à l’Histoire coloniale.

Il y a encore un autre système oppressif qui joue fortement ici et là, et qui fait écho tout particulièrement au sein de la facilitation : c’est la domination intellectuelle.
À la Bascule, c’est déjà en train de se transformer, comme dans beaucoup d’autres endroits heureusement !
Mais quand même pour l’instant dans la facilitation, la dimension mentale prend le pas (et sans doute que c’est parfait comme ça encore souvent, là aussi si nous le mettons suffisamment en lumière).
Évidemment, nous n’allons pas négliger l’émotion ! C’est le sens même de nos pratiques. Mais sommes-nous vraiment allé-e-s déjà assez profond dans nos cœurs ? Simplement se poser la question, c’est déjà une façon de progresser je crois – comme de nous demander encore quand est-ce que c’était la première fois qu’il s’est brisé.
Et surtout, pour aller à la rencontre d’autres univers, il y a besoin d’équilibrer davantage encore avec le ventre, les jambes et les bras, et leurs propres rythmes.
Tout le monde sait déjà ça très bien en écologie dite « profonde ». Sauf que c’est justement l’ornière mentale de « déjà savoir très bien » qui parfois nous plante et nous fait dérailler. Désolé encore d’insister, désolé encore surtout d’insister encore avec des mots que tu lis avec tes yeux et ton système nerveux central.

Le dernier point crucial que j’ai observé, c’est le rôle particulier que joue dans les équilibres émotionnels (à la Bascule comme souvent ailleurs aussi) ce que j’appelle « l’extir« . Pardon de néologiser, il paraît que pour certain-e-s c’est la faillite de la langue ? Mais je n’ai vraiment rien trouvé de mieux.
L’extir, mélange d’extase et de plaisir, nous extirpe de notre centre rationnel et relié tout aussi efficacement que la peur, la colère et la tristesse. La facilitation en TQR gagnerait sans doute à mieux partager cette conscience qui émerge puissamment : l’article d’Antonella Verdiani dans Yggdrasil 1 sur le pouvoir de la joie en témoigne, par exemple.

Il y a une nuance essentielle entre la joie et l’euphorie
: la première nous relie en paix, la seconde nous connecte à l’excitation.
La première nous relie profondément à nous-mêmes, la seconde est intimement et subtilement liée à la peur surtout – même si elle permet aussi couramment de décharger de la colère (ainsi des grands matchs de foot, des manifs citoyennes, etc.)
Tout cela a son sens bien sûr, mais il y a un risque de confusion si nous ne sommes pas bien au clair là-dessus. Pour le mettre en lumière, en lien avec une dimension plus collective et politique, cette récente lettre ouverte à Greta Thundberg me semble très pertinente (même si je ne suis pas en accord avec tout).

Nous avons beau nommer « systémisme » et « non-dualité », dans les rapports aux émotions concrètement vécus, nous retombons encore dans les vieux shémas parfois.
Pas vrai ? Mais nous avançons avec ça, et ça semble de plus en plus fléché aussi, notre chemin ! non ? Je développe plus largement ce dernier point dans le livre « Socioculture… » en cours de finalisation à l’heure où je publie cet article, chapitre 2.

* Voir les actualités de Socioculture3.0 sur facebook pour en lire davantage sur ces diverses interventions, et les polémiques qui entourent ce lieu… je ressens quand à moi beaucoup de gratitude pour les connexions qu’a permis déjà le collectif autogéré de Pontivy, malgré toutes les ombres collectives qui s’y déploient encore… comme partout ! et je soutiendrai volontiers son implantation sur un futur site encore près de chez moi / nous, et la facilitation plus ou moins restaurative qui sera utile pour ça, si je me retrouve au bon endroit pour le faire.

** Habituellement cet ensemble de pratiques évolutif et libre (au sens de « non soumis à copyright » comme peuvent l’être la biodanza, la CNV ou la zoumba par exemple) qu’en anglais on appelle « the Work that reconnects » est traduit « Travail qui relie ». L’anglais « work » ne souffre pas des mêmes méchantes connotations que le français « travail », cependant, ce pourquoi parfois je préfère parler d' »ouvrage » – même si ça fait un peu prout-prout et que ça risque de cantonner encore davantage à un entre-soi bobo. J’utilise aussi volontiers l’acronyme TQR au besoin. En fait je m’en fous un peu du mot du moment que l’intention est bien saisie. L’écologie profonde me semble être le chapeau le plus pertinent, c’est pourquoi je nomme les articles ainsi. Une pratique de l’écologie (vraiment) profonde va bien au-delà sans doute des cultures singulières et des labels particuliers qu’on lui attribue, elle a conscience de ses (zones de) superficies, de ses replis et de ses ombres, son cheminement peut se faire avec ou sans tel rituel ou tel exercice donné, là aussi en conscience des diverses traditions auxquelles elle s’affilie, etc. Je reviendrai peut-être sur cette question du « TQR 100% pur jus » et des dangers de « l’idiosyncrasie », en lien avec ce qui aujourd’hui « se répand de toutes parts, comme du feu dans le fourrage » (Claudel) !

*** Pour les néophytes qui veulent en lire plus sur cette pratique, chercher sur internet ! le livre de référence Coming back to life, practices to reconnect our lives, our world (« Revenir à la vie, des pratiques pour nous relier à notre monde ») et réédité en 2014 avec  le nouveau sous-titre Guide for the Work that reconnects (« un guide pour l’Ouvrage qui relie ») est traduit en français (bizarrement, mais c’est les françaisEs ça :^) Écopsychologie pratique et rituels pour la terre… Heureusement la réédition de 2018, avec sa préface de Pablo de Servigneth, a rajouté à son tour un sous-titre plus conforme, aaaah ! merci le Souffle d’or !

Écologie profonde #1

J’ai décidé d’ouvrir un fil d’écriture autour du Travail qui relie, qui est au centre de mon ouvrage depuis 10 ans. J’y aborderai diverses questions liées au partage de ces pratiques et à la consolidation du « Réseau des tempêtes » que nous pouvons constituer en tant que facilitateur-ice-s en écologie profonde, accompagnateur-ice-s vers le nouveau monde humain, guides en transition vraie, etc.
Ce ne sont pas les écrits qui manquent en la matière… Tous les contenus de ce blog répondent à cela plus ou moins, ainsi que tout ce qu’on trouve dans Yggdrasil ou Passerelle Eco bien sûr mais aussi Silence ou Troisième millénaire, et bien sûr dans nombre de publications collapsosophes, biopoétiques ou permacoles. L’idée est ici de contribuer à une réflexion de fond, volontiers co-créative : nourrie en tout cas de mes propres dialogues, elle peut l’être aussi ici via commentaires et propositions.
Pour commencer avec les bases, je reprends simplement un article de Murmure des forêts, écrit tout fraîchement en préparation d’un atelier pour la Samain (et qui sera publié prochainement sur le site dédié, en cours de construction).

Nos émotions, de l’intime au collectif

Nos émotions, au cœur de nos histoires, passages incontournables qui donnent accès à nos élans de vie. Moteurs de nos actions, sources et portes de notre créativité, elle nous mettent en mouvement – comme le dit bien l’étymologie du mot (motio en latin : mouvement ou bien trouble, frisson). Sans attention ni conscience, elle peuvent aussi amener de la confusion et même freiner nos aspirations.

Comment l’émotion impacte-t-elle nos engagements ? Quelle place lui donner pour qu’elle soit au service du vivant ? Quel rôle, quelle fonction pourrait-elle avoir au sein des nouveaux modèles culturels que nous cherchons à créer ensemble ?

Les enfants naissent avec cette propension naturelle à exprimer sans limites leurs ressentis, intensément parfois plusieurs fois par jour. Que se passe-t-il par la suite pour que certain-e-s d’entre nous en arrivent à ne plus pleurer qu’à Noël ou à un enterrement ? Ou bien n’expriment ni ne ressentent plus jamais, leur semble-t-il, aucune colère ou aucune peur ?

Connaître la littérature et les sciences humaines peut nous éclairer déjà à cet égard. Pour autant une approche sensible, qui nous fait regarder avec lucidité en nous et autour de nous comment nous traitons nos émotions et celles des autres, ou simplement qui nous les fait vivre pleinement, nous semble plus fondamentale encore.

Jamais époque sans doute n’a produit autant d’intensité du point de vue émotionnel que celle que nous vivons depuis la Shoah et la guerre froide, et la possibilité que nous avons acquise de détruire toute vie sur notre propre planète. La peur de la mort qui a longtemps été l’horizon ultime de l’ego, balayée par la peur de l’extinction, horizon inouï de notre espèce : qui d’entre nous peut regarder cela bien en face ?

Si le mouvement Extinction rebellion fait de la rage un étendard au côté de l’amour, c’est sûrement qu’avec le désespoir elle est devenue une donnée basique de notre condition humaine : je ne peux plus vivre sur cette planète avec un peu de présence d’esprit sans être traversé-e de tels extrêmes. Dans le même temps, les fictions grand public du cinéma et des nouveaux médias, qui se mêlent aux actualités, ont multiplié les occasions de nous entraîner à ressentir la crainte, la pitié et tout l’éventail des passions humaines.

Il semble bien que nous ne puissions pas traiter toutes ces informations qui nous parviennent dès nos plus jeunes années au seul niveau intellectuel. Développer notre conscience émotionnelle réelle, comme on peut le faire à travers le Travail qui relie, la Co-écoute, la CommunicationNonViolente ou d’autres approches, nous aide à requestionner nos choix quotidiens et la rationalité de nos fonctionnements personnels. Cela nous permet aussi de ressentir notre commune humanité, espace inaltérable plus ou moins enfoui sous des couches de blessures et de détresses : commun sensible qui nous relie les un-e-s aux autres, en effet.

Un tel « ouvrage émotionnel » est devenu pour beaucoup d’entre nous une hygiène quotidienne nécessaire, dépassant le champ du thérapeutique. Entretenir ainsi notre équilibre et notre santé mentale nous semble en effet devenu une condition pour pouvoir nourrir des liens sains avec les institutions du vieux monde, et même aussi entre nous.

Avec cela nous pouvons espérer y voir clair dans le brouillard, et envisager collectivement les utopies d’un autre œil encore, le regard & l’esprit libéré peut-être du poids des oppressions les plus fortement et anciennement ancrées en nous. Ainsi enfin, partager le pouvoir de la joie, ce centre fragile, intime et paisible de notre expérience.

***

Sur les processus émotionnels, voir aussi le chapitre 2 du traité Socioculture et son annexe 3.

Collectif écolieu

Je partage ici un lien (et deux trois éléments en direct) vers l’un de mes principaux fils d’expérimentation socioculturels de ces dernières années : l’Aronde. On pourra en lire davantage sur ce projet et la façon dont son architecture relationnelle se tisse avec le temps sur son site et en particulier sur la page « collectif »… Mince, c’est cassé !? Hop, revoilà les infos : https://lesuperflux.fr/2020/06/01/un-collectif-qui-a-lieu/

Dans toute organisation, il y a la théorie et la pratique. Parfois la réalité ressemble beaucoup à ce ce qui est écrit dans les statuts, le règlement intérieur ou les designs relationnels, et parfois il y a certains écarts. Parfois aussi ça change, et c’est dans ce genre de changement qu’on éprouve la solidité du collectif : son sens à la fois et la qualité des relations qui le traversent, dont il est tissé même.

Dans une « architecture collective », parfois une tempête emporte le toit, un géant change la place des murs… c’est là qu’on voit si nos fondations sont bonnes : si les liens humains entre nous tiennent bon, si certains principes communs de conscience émotionnelle et de parole collective sont intégrés, alors on arrivera bien à se retrouver dans ce qui sera reconstruit au même endroit.

Un projet d’ »écolieu », d' »Oasis » ou autre lieu de vie autogéré, avant même d’être des plantations, des constructions, des activités publiques, c’est un collectif qui s’accorde pour les mettre en œuvre. De même qu’avant de bâtir ou de rénover une maison en général il y a un gros gros travail de planification et de préparation, de même, avant et pendant tout fonctionnement collectif efficient, il y a forcément un gros ouvrage invisible.

C’est cet ouvrage-là que le présent blog cherche à informer, avec humilité, tendresse, espoir. Merci pour tout soutien et toute contribution !

nouveau panneau aronde