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Co-écouter !? / critikreso#3

« Sans la co-écoute émotionnelle, je ne sais pas si je serais encore de ce monde. »
Des parts de moi pourraient dire ça peut-être, et beaucoup d’autres gens qui ont trouvé dans ce réseau-là un refuge, un soutien, des outils raccord avec une théorie cohérente qu’iels n’avaient pas rencontré-e-s ailleurs.

(picasso)

Qu’est-ce que la co-écoute ? En paraphrasant une ancienne qui a choisi de quitter le réseau tout en continuant à pratiquer (je crois) je pourrais dire aussi : « Une pratique d’écoute réciproque qui porte une attention particulière à l’expression émotionnelle, née dans les années cinquante au Etats-Unis. Ça se pratique entre pairs, à deux ou en groupe et l’hypothèse de base sur laquelle s’appuie la pratique est que ce qui entrave le libre exercice de notre intelligence et de nos capacités d’action – répétition des mêmes erreurs, comportements destructifs, conflits insolubles…– prend racine dans la persistance de nos détresses émotionnelles, dont il est possible de se défaire. »

Une bonne part de ce qu’on peut trouver dans ce blog sur les émotions (ce doc-là en particulier) s’en inspire aussi. Même s’il y a à mon sens des travers possibles dans cette façon qu’on peut avoir parfois en co-écoute de focusser sur la décharge émotionnelle (et de ne pas s’intéresser aux autres processus de libération, ni chercher à faire lien avec d’autres pratiques et d’autres réseaux), je continue pour ma part volontiers à adhérer à l’asso française et à dialoguer avec ses membres – et je pratique ça de façon formelle ou « sauvage », selon les contextes.

Dans SociocultureS, voilà comment je présente le réseau de co-écoute (pp.136-137 – je corrige quelques éléments significatifs par rapport au texte publié) :

La Ré-évaluation par la co-écoute (RC) architecture ses communautés à l’échelle mondiale d’une façon exigeante et singulière – tellement singulière qu’on peut même parler de « hapax organisationnel », c’est-à-dire d’une structure qui ne ressemble à aucune autre sur la planète. Depuis plus de 50 ans que la pratique s’est consolidée dans une grande ville du Nord-ouest (Seattle USA), la co-écoute (cf. section 2.2) prend soin d’être aussi discrète que possible concernant ses parentés et ses liens avec d’autres pratiques et communautés, afin de protéger ses propres intentions. Du fait de cette extrême singularité hélas, come bien d’autres organisations, les communautés de co-écoute sont parfois prises pour des « sectes » – alors qu’elles sont en réalité franchement compatibles avec un esprit authentiquement libertaire, c’est-à-dire à peu près aussi peu sectaires, sans doute, qu’humainement possible aujourd’hui. Je mettrais peut-être un léger bémol sur ce point aujourd’hui, du fait des prises de position (relativement mainstream) du leader mondial concernant la COVID. Mais bon.

En tant que membre du réseau, je ne devrais peut-être pas tenter d’en faire de critique. N’étant pas moi-même libéré de toutes mes détresses, une part de moi (cf. 2.6) pourrait risquer d’en profiter pour décrédibiliser son institution, à son profit personnel par exemple. La RC est essentiellement bonne : c’est son principe même, et de fait je le pense juste, même si parfois ça m’énerve. Ce que quelque chose en moi pourrait trouver lourd, lent ou obsolète dans l’organisation internationale, je vois bien pourtant que ça a sa raison d’être.

Génial sur le principe, même si ça crée des difficultés par exemple : l’organisation de l’ensemble des communautés est gérée par un seul texte constitutionnel commun, accessible à tou-te-s1 et dont les modifications ne sont validées que par l’assemblée mondiale… tous les 4 ans : suffisamment agile, eu égard au rythme de la terre et de nos psychés ? Peut-être pas, c’est là que le bât blesse…
Certes la raison d’être de l’organisation est claire, et la pratique qui la sert est à la fois simple et saine, et puisque nous pouvons facilement bénéficier de toute l’autonomie dont nous avons besoin, entre les échéances des conférences mondiales, quel est le problème ? D’une fois sur l’autre je peux faire des propositions, et contribuer au sein de l’asso de ma région – oui. Mais en cas de changement systémique, est-ce que ça tient bon ?

L’organisation géographique du réseau tient aussi peu compte que possible des frontières politiques : c’est une autre des originalités que j’apprécie dans la structuration de la RC que de s’appuyer surtout sur la réalité des communautés, de façon souple et légère. Dès qu’il y a au moins une vingtaine de personnes actives et en lien dans un même territoire, hop ! on fonde un secteur, avec une personne de référence : basique. Le leadership est extrêmement favorisé au sein du réseau, dans un style plutôt bien équilibré entre l’écoute et la prise de responsabilité. Si tu as l’occasion de faire une classe de co-écoute, je te le recommande : ça vaut la peine, à mon avis, de saisir ce que c’est, et comme ça tu te feras ton avis bien mieux que d’après ce texte ou sur wikipedia.

À noter que dans les années 70, il y a eu une scission au sein de la co-écoute, qui a conduit un autre réseau à se développer dans quelques pays… mais le Co-counseling international n’est pas implanté en France, bien qu’il soit vivant ailleurs en Europe (surtout au Royaume-Uni). Une ancienne prophétie clame que les humain-e-s se reconnaîtront tou-te-s comme un seul peuple libéré de toutes les oppressions lorsque les deux réseaux internationaux de « co-conseil » se rejoindront de nouveau. Harvey Jackins (excellent théoricien fondateur de RC, et aussi père de l’actuelle « personne de référence mondiale » Tim) et John Heron (chercheur en sciences sociales initiateur dissident de CCI, entre autres) attendent ceci sans doute en devisant tranquillement avec les anges. Ah non pardon, John est encore vivant, et c’est une bonne personne malgré « ses » détresses, insuffisamment mises à jour peut-être.

Hihi. Voilà. N’hésite pas à contredire ou enrichir cet article, en le commentant ou en m’envoyant tes réflexions ou en déchargeant furieusement sur ma boîte mail.

***

1 Nous sommes invité-e-s à en prendre connaissance après avoir appris les bases. On trouve en ligne bien d’autres écrits, en français et dans une quarantaine de langues ! Gratuitement pour une bonne part, moyennant quelques dollars pour les fondamentaux.

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