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Journal d’un confinement (extraits) : suite et fin.

Je publie de nouveau ici ce qu’ont écrit les ami-e-s (les 11 premiers jours sont là). Il semble bien qu’iels en aient fini, sous cette forme-ci en tout cas !

***

Jour 12

On a rien écrit mais par contre on a reformulé / corrigé Jours 1 à 11 pour publication sur le blog de Nama-S…
Enfin on a fait ça au jour 13 mais bon là ça change rien de pas le dire ou de le dire comme ça.

Jour 13

C’est parti encore pour des semaines.
Forteen days : comme le morceau de Dave Bruebeck, la passion du Christ et la sortie d’Egypte. C’est ton père qui nous le signale, lui qui n’a pas oublié sa culture chrétienne – lui qui ne l’a pas même trahie peut-être. 40 jours !

On parle cinéma parce qu’on cherche un film qui serait bien à regarder à 7 (voire 8 avec Y. maintenant qu’on a remis ça à plus tard) dans le polycule, euh pardon la famille recomposée…

Tarantino : ça marchera pas (on part plutôt sur un truc genre « migrateurs »)… que cette société tolère ça, ne se pose pas des questions sur des films comme ça, c’est ça le problème. On s’étonne qu’après il y ait des pervers, des violeurs et des psychotiques. Si le cinéma était cathartique, comme il l’est parfois ça irait. Mais quand il est dramatique et qu’il célèbre ou naturalise l’horreur, il est juste mauvais. Le septième art bourgeois a continué à faire ce que la poésie ou l’architecture des élites de merde (pardon pour la « décharge facile »…) faisait déjà depuis longtemps : asseoir ses systèmes de domination, cultiver les détresses. Les couleurs de Gray, c’est des nuances de gris. Triste camaïeu.

Si tu as le choix entre vendre ton corps et faire du cinéma ou ne pas vendre ton corps et ne pas en faire, tu choisis quoi ? Triste choix.

Bah yen a qui faisaient pas de sport avant et maintenant ils en font tous les jours. Deuxième effet kisscool du confinement.

Tiens tiens, oui. Le placement de marque, c’est exprès ? Bon, passons.

Ya un de ces vents froids aujourd’hui ! On a fait la balade du tour du bourg du coup, pour pas trop se les peler. Et on a fait l’amour dans les genêts, c’était trop bien. Merci Renaud.

Yavait pas un chat, on pourrait mettre ça dans les « conseils pour bien vivre son confinement en couple » : allez faire l’amour dans la nature, ya personne dans les environs pour te faire chier, et sinon tu fais semblant de tousser.

Et si jamais les flics t’arrêtent, tu dis « ben quoi, on faisait notre activité sportive ! »

Ouais ! Mais ça va réactiver les gens des villes ça. Ils ont pas d’endroits tranquille, elleux. Sauf les riches qui sont allé-e-s se confiner dans leurs résidences secondaires ou dans le lieu d’accueil des colibris en détresse.

On se demande si il n’y aura pas des films et des livres qui se passent pendant le confinement. En plus de tous les journaux comme celui-là…

Et aussi, à quel point le confi-baby-boom marquera les courbes démographiques plus que la dépression de la maladie. Et des dommages collatéraux de sa gestion maladroite, surtout : les gens qui meurent parce que leur situation n’est pas prioritaire, finalement.

On se tient prêt-e-s à écouter avec attention les légions du nouveau monde naissant, celles là qui sont en train d’arriver en gestation.

Deuxième conférence astrologique sur ce qui se passe en ce moment : ça confirme, c’est bien une année historique. Effondrement, et renouveau. Et l’autre fois d’ailleurs, il disait que ça ne faisait que commencer. Apparemment fin juin, on rentre dans une phase sensible, avec mars en bélier jusqu’à fin 2020.

Ouais, en numéro aussi ça dit que l’année « 4 » elle prépare en ancrant dans la matière le renouveau du « 5 » (2021 = 2+2+0+1… vivement le nouveau calendrier, pour simplifier les additions :^)

Et ma voisine qui est abonnée à Breslev, le courant mystique rabbinique là, elle va plus loin ; d’après leur lecture de la Kabbale, on en a pour 40 ans de fléaux. Cool non ? La bonne nouvelle, c’est que ça a démarré depuis plusieurs mois, avec l’Australie, les tempêtes et les raz-de-marée, donc c’est déjà un peu moins maintenant. On aura plus de précisions à Pessah (Pâques).

La bonne nouvelle pour de vrai, c’est que Thot dit que ça annonce la place pour l’expansion du nouveau monde, où fraternité et paix deviennent plus manifestes, pendant que l’ancien s’effondre. Ça laisse plus de place.

Ah, et une info qui me semble significative : d’après lui le vieux monde qui tombe et le jeune qui pousse ne sont pas directement liés. Décidément, les vieilles institutions pourront être recyclées mais sans doute pas resservir telles quelles. On fondra le métal pour fabriquer de nouveaux outils.

Ça va un peu à l’opposé de la critique de Silence ! Concernant les collapsologues…

Ouais : moi je crois qu’il y a bien des militant-e-s qui s’accrochent plus ou moins inconsciemment aux systèmes qu’ils critiquent, et que ça leur fait bizarre qu’on fasse de la politique sans taper sur quelqu’un-e… bon c’est un peu plus fin que ça einh Silence, mais quand même.

La pensée s’appuie sur la contradiction pour se construire, ça peut être un appui pour mieux définir ce qu’on veut mais… si on ne se construit qu’à partir de ce qu’on ne veut pas, et que ça disparaît, qu’est-ce qui reste ?

Libérons-nous collectivement des vieux modes de pensée… et continuons à remercier Silence et d’autres pour leur ouvrage critique ! même si nous pouvons aussi chercher une autre critique, d’autres styles d’écriture et de réflexion idéologico-poétiques. Voire, chanter…

Sri Ram jay Ram et la illaha il Allahu, par exemples…

Il est presque 20h et il fait encore plein jour ! Ça rallonge plus vite autour de l’équinoxe.

Ah je savais pas que ça s’accélérait à ce point. Allez, on continue vers Beltaine…

Mais naaaan, on avait changé d’heure et on le savait pas. C’était un dimanche le jour 13.

Jour 14

On ouvre un framapad pour écrire un dialogue des parts de nous.

Les outils numériques ont été un peu débordés avec le confiement, c’est pour ça que frama renvoit au « filament ». Et un super article sur linux.fr nous dit comment on peut s’en tirer avec les outils libres.

Jour 15

Les jours pairs et impairs étaient raccords entre le vieux calendrier et le décompte des jours… jusqu’à aujourd’hui. Demain, ça change.

Parlant de calendrier, probable que celui-là on y reste encore un peu quand même einh, en fait, même si yen a un nouveau qui naît de nouveau là bientôt… voire aujourd’hui allez ! Ou demain. Hop : 1er avril 2020 = 1er bruminose de l’an 01. Premier jour du premier cycle du premier printemps.
Aujourd’hui, 31 mars. Demain, qui aura le cœur à faire des blagues ? Ya intérêt à être fin-e-s… Tribunes de Coline serreau ou de 360.org par ici, à tous les coins des médias j’imagine toutes les lectures en train de de s’affronter pour faire entendre leur interprétation du réel. Ce qui est bon. Ce qui est bad. Ce que nous devons faire. Les lignes à adopter.

C’est un peu comme si le jeu de la transformation avait tiré une carte « destin » qui affecte tous les joueur-euse-s et qu’on avait pas du tout anticipé. Même sur la Zad les fêtes sont reportées, personne ne résiste au confinement !

Et cependant… y envoient un communiqué pour protester contre la fermeture des marchés de plein vent. D’où ça contaminerait davantage que les hypers !? Même genre d’absurdité que la pression qui fait que l’état autorise à livrer Amazon et pas les libraires indépendants. Beurk.

#bonnesnouvelles : À l’entrée des supermarchés, les services sociaux installent des permanences pour les femmes battues. Le CCAS rappelle à tout le monde son existence dans les boîtes aux lettres. Solidarité rafraichie : #pourvuquecadure !

J’ai réussi à avancer sur le projet de lieu collectif aujourd’hui,
en laissant complètement le cadre parental de côté de nouveau,
alors que c’est là-dessus que j’avais justement posé l’attention avec mon soutien psy au téléphone !

Mais j’ai assuré en filant Ionesco à M., et en échangeant encore avec B., sans parler de tout le tamtam avec son réseau et le nôtre…

4 avril

Je sais plus à combien de jours on en est au juste, mais je sais que je commence à en avoir marre. Au début c’était marrant, mais là ça commence à tirer. Pourquoi je peux pas voir mes potes ? j’ai pas peur d’attraper la maladie, et si je l’attrapais, je n’irais pas encombrer l’hôpital, je me soignerais chez moi comme d’hab’, et si jamais ça se passait vraiment mal que j’avais le souffle court je me préparerais à mourir décemment avec ma famille, et si vraiment ça semble trop bête et qu’on veut me sauver la vie, je serais ok pour laisser passer devant moi en réa la veuve et l’orphelin sans protester, et je chanterais des chansons pour détendre l’atmosphère et je ferai le clown avec les enfants, comme j’ai fait quand me suis coupé le doigt… je ne suis pas concerné par votre bazar, j’en ai marre d’obéir alors qu’au fond moi ça ne me semblerait pas si terrible si Corona faisait dix fois plus de morts en peu de temps, et qu’on passe plus vite à autre chose. Depuis que je suis môme je me demande si je préfère une petite douleur qui dure longtemps ou une bonne grosse claque qui passe vite, et pendant longtemps je préférais la claque mais je n’étais pas sûr d’avoir le courage de ce choix-là, mais à présent c’est sûr, je l’ai, je vois bien que je fais ce qui est à faire, et je ne laisse pas pourrir les échardes ni s’envenimer les relations douteuses. Pourquoi je dois subir ça ? C’est le premier confinement de ma vie, et si il y en a un deuxième je monterai le parti anti-confinement. Les conséquences sociales de cette histoire sont juste terribles, inadmissibles en fait, et les chouettes conséquences environnementales ne seraient pas affectées si on pouvait de nouveau se balader à vélo avec nos potes, les rejoindre aux chantiers aux marchés et aux réus, et embrasser la vie.

Le marche de Dinan avant-hier, c’était terrible.

Discussion sur la santé à cinq en famille recomposée : ya celles et ceux pour qui elle se dégrade avec ces conditions, et celles et ceux pour qui elle s’améliore.
D’ailleurs peut-être que ça creuse tous les écarts… les pauvres deviennent plus pauvres, ça c’est sûr. Les artistes seront défrayé-e-s… mais pas les intermittent-e-s précaires dont les cachets n’étaient pas garanti-e-s !

Les entreprises seront dédommagé-e-s… mais pas les entreprenant-e-s aventureux-ses en montage de projet solidaire.

Les marchands auront des subsides… mais pas les revendeur-euse-s à la sauvette.

Pour des millions de gens à travers le monde, les prochains mois vont être rien noirs.

Heureusement qu’y a du soleil, et qu’on peut en profiter quand même un peu ! j’imagine même pas si je vivais dans une grande ville comment je serais malheureux.

Bon j’étais un peu en mode « décharge facile » de nouveau ce matin en écrivant tout ça, justement ce que notre pad « constellation des parts de nous énervées émerveillées et paniquées » était sensé permettre tout en l’évitant ici…

Mais justement, c’est le problème : j’ai parfois du mal à distinguer où je suis « moi-même » et où je suis identifié à mes détresses… sacré training ‘faut dire, d’être confiné avec les mêmes personnes tout le temps. Y. ne quitte plus ma maison, là, jusqu’à l’atelier de Pâques. Bon en même temps pour l’instant ça fait pas encore une semaine donc c’est comme d’hab… sauf qu’y a B. et M. en même temps et ça pour le coup, c’est vraiment pas habituel !

J’invente des stratégies relationnelles inédites pour sortir des ornières de la pédagogie noire ou même blanche.

Et j’innove aussi en cuisine, parce que sinon ce serait vraiment l’ennui.

6 avril 20

Bonjour, journal. Ya guère plus que moi qui écris ici, allez, pas grave, je continue.

Je pourrais être un peu plus avec Y. plutôt que de m’obstiner à lire les infos, à écrire ce que ça me fait et à continuer. Elle vient de me le dire, ou plutôt elle vient de le faire dire à la princesse fleur, qui danse sur une plate forme de kaplas. Je vais bientôt lui mettre la musique même !

Mais quand je lui ai dit que j’étais désolé elle m’a répondu « non mais je parle pas à toi einh ». Bon quand je lui ai dit « oui mais quand même moi aussi je pourrais être un peu plus avec toi », elle a répondu « Oui, c’est vrai » d’un ton qui sonnait comme une évidence.

Et en même temps, moi je pète un plomb à être tout le temps en mode « papa » et à jouer et à faire « l’école à la maison » (c’est Y. qui appelle ça comme ça dès que je regarde les propositions de la maîtresse, même quand c’est juste des comptines et des dessins… hihi !)

Tiens tiens, au chapitre #mauvaisesnouvelles : heureusement que la lutte contre les nanos n’est pas près d’être enterrée ! Parce que je viens de voir passer un article qui se réjouit que bientôt en passant un stylo fluo ou je ne sais quoi on verra le carnet de vaccination directement sur la peau. Ouaaais ! Je like à fond. Ya plus qu’à sortir le vaccin pour se faire un max de blé, ça c’est sûr.

Déconfinons, déconfinons les ami-e-s, il commence à en être temps.
La pensée, au moins, l’esprit même allez. #DeconfinementInterieur.
Relions les portes, les ponts, les horizons.

Je n’ai jamais été aussi proche de B. C’est toujours mon fils aîné einh, mais c’est un peu comme si on était en coloc’ là. Pour la première fois il s’est mis vraiment à la cuisine.
Ce matin, j’ai eu mon père au téléphone. Il avait exactement la même voix. Trouble intergénérationnel qui fait écho à mon expérience de vie : à 40 ans, on s’occupe des jeunes et des vieux en même temps.

Ces vieux qui s’accrochent à la vie parfois, inconsciente panique immobile, faute d’avoir pu partager une digne socioculture de lien à la mort, faute de savoir dire « Adieu, je vous aime ». Ces vieux que d’autres accrochent de force à la vie aussi, du fait d’un rapport ethnocentrique et technocentrique à la santé, d’un rapport pauvrement matérialiste à la vie même en fait.
Peur de la mort ! Alors que ce n’est rien d’autre que d’aller se coucher, une bonne fois, non ?

Peur de la mort ! Alors que notre espèce tue et tue encore, à tour de bras, eh ?
Peur de la mort ! Alors que rien n’est plus triste que de survivre à tout prix, ou bien ?

Quel drame nous a fait oublier, en « occident » et dans la bourgeoisie d’abord, puis dans le monde entier un peu, ce que c’était qu’une communauté, en fait, ce que c’était que de se soigner chez soi, ce que c’était que d’accepter d’y passer, et que nos parents ou nos enfants y passent aussi, eh oui c’est comme ça, quand notre heure est venue, qu’il n’y a plus d’autres option ?

Pour sauver quelques vies à grands coups de respirateur artificiel, combien d’autres sont abîmées, sacrifiées peut-être, sur l’autel du confinement ?

Je n’arrive pas à suivre toutes les infos. Covid-entraide, à l’aide ! Mince c’est encore pire

Quelques liens par exemple que j’aimerais bien lire mieux, sur convivialisme ou paris-lutte infos… Ouatmille conférences ou vidéos de transition et renouveau résilient et spirituellement politique que j’aurais aimé écouter. Et danser sur les vagues des cinq rythmes et les autres ateliers cool des un-e-s et des autres.

Ah, et tu as vu cette vidéo-ci tiens ? Pas question de covid ni de rester chez soi,
mais ya de quoi trembler, rire et pleurer ! Et oui, sortir de l’esclavage psychologique…
https://www.youtube.com/watch?v=5FR0cHPcyQk&feature=youtu.be

Sur le blog des convivialistes, tiens, un article de poète sur le soin du monde… Ouais, intéressant, sauf que : les oiseaux s’en fichent-ils vraiment ? Je ne suis pas sûr… Au contraire même, sans doute qu’iels sont content-e-s de retrouver les couleurs ! Oui prenons soin du monde. Je m’en fous, à un certain niveau, de l’hydrochlorexidine, franchement – même si je serais heureux qu’elle puisse contribuer à sauver quelques vies, en effet, et que j’ai signé la pétition.
(Quelques jours après j’ai entendu un gars dire que c’était juste un produit toxique sans grand intérêt pour le fléau en cours… mais j’en ai consommé moi-même contre le palu, et je m’en suis remis einh… oui, du palu aussi d’ailleurs ! hahaha)

J’ai demandé à ma mère si elle pouvait lire certains trucs pour moi, la relève et la peste par exemple (elle était en train de lire Camus, que cite Pièces et main d’œuvre en exergue d’une analyse intelligente mais si peu lumineuse et tellement sans issue que c’est difficile de croire qu’iels ont vraiment pour intention la LUCIDITÉ) :

L’espoir, au contraire de ce qu’on croît, équivaut à la résignation. Et vivre, c’est ne pas se résigner.

Ok, merci Albert, ça m’aide vachement là !

J’ai réussi à faire une pause pour lire deux histoires que m’a apporté Y. : Chrisopompe de pompinasse et l’enfant qui riait tout le temps. Un conte trad’, et un compte post-moderne.

Un oncle dont j’ai eu des nouvelles maussades tout à l’heure sur le répondeur (après que je lui ai donné de meilleures nouvelles de mon papa, qui va pouvoir quitter la boucle réanimation-gérontologie où il était tombé, rien à voir avec corona lui non plus, quoi que…)

Une grand-mère « en polystyrène » (comme disait mon ex), qui fait des crises de panique soudain – alors que jusque là c’était une femme hyper-stable et centrée, qui se réjouit de la campagne, prie, joue de la flute, écoute Messiaen et vit plutôt bien toute seule à plus de 90 ans.

Le livre d’un vieux pote (avec qui nous avons engagé un co-accompagnement) m’a fait rire et pleurer, en effet, comme dans l’histoire… Et rêver sur l’atterrissage d’un grand cirque rigolo dans le lieu collectif auquel je consacre pas mal d’énergie depuis ce week-end, surtout dans le rôle facilitation. « Ya où faire », pendant le confinement, dame !

Déjà une semaine de grève de la fin pour les prisonniers du Mesnil amiot.
Je suis privilégié, chanceux, comme la plupart des gens qui m’envoient des mails, ou à qui j’en envoie aussi. Celles et ceux qui dégustent en ce moment, yont même pas internet souvent. Ou ben sont juste plus capables de s’en servir tellement sont réactivé-e-s.

L’Amérique est entrée en confinement contrôlé par l’armée. Interdit de sortir faire ses courses pendant 15 jours minimum ! Tous les approvisionnements d’un coup… ouah ! t’as intérêt à savoir anticiper pour pas bouffer que des pâtes au pâté. Ça risque de saigner dans certaines chaumières… sans chaume, je vous rassure einh, on est aux états unis.

Mince, B. a été réactivé par la cuisine, il est parti se coucher. On va dîner sans lui.
Ah oui ça prend du temps einh, les tâches domestiques ! Et ça demande de l’attention… Prise de conscience, conscience, c’est vraiment la prise du corona ! Merci la vie.

Ouaaaah ! Ya des visios bi-quotidiennes avec Marie Elia ! Alors là cette info-là, je vais pas la zapper (^; Tu parles : quinze jours plus tard j’en ai pas regardé une seule.

10 avril

Honte, à pleurer : une zad évacuée, en Loire atlantique, à grand renforts d’hélicos et de cars de crs. Cabanes brulées. Nous pleurons, nous pleurons encore.

Les réfugié-e-s en galère, idem.

Ça n’empêche pas d’envisager des suites heureuses hein…

http://les-volets-jaunes.org/wp-content/uploads/2020/04/2020.04-Sortie-de-crise-pourquoi-et-comment-.pdf

Mais ça donne quand même bien envie de ne pas obéir davantage à cette absurdité socio-sanitaire !

Jours 14 à … : dialogue intérieur.
(Je copie colle le pad, hop, petit flashback)

Personnages (initiaux)

L’effondriste 

Le/la paniqué-e 

Le circonspect 

La sage 

Le paranoïaque  

L’émerveillée 

Le révolté

Le consensus doctorum

La soumise

L’inspiré-e

***

Le papa : Excusez-moi, j’ai plein de trucs à dire sur corona et confinement mais ma fille vient de se réveiller là ‘faut que je m’en occupe.

L’effondriste : c’est maintenant que commencent à circuler des vidéos qu’on diffuse depuis des mois et des années. Je viens d’entendre le texte de Fred Vargas sur Youtube, relayée par une copine qui soudain se rend compte que son monde est fragile, que toute notre civilisation n’a pas lourd d’épaisseur. Ce texte, quand je le diffusais sur les marchés ya dix ans tout le monde passait son chemin. Maintenant, tout le monde like avec un peu d’effroi. Bientôt l’ordi crachotera et les coupures d’électricité nous inviterons à prendre du miso et des pépins de pomme pour protéger nos intestins des radiations. Ça me fait rigoler quand dans le film sur le village de pourgues je vois la petite animation 3D sur la nature qui reprend ses droits en quelques années si l’humanité soudain disparait : elle parle bien des derniers déchets nucléaires au fond des océans, mais elle ne parle pas de la fusion des réacteurs pas entretenus. Avec ou sans nous, et quelles ques soient nos politiques, nos complots ou nos insurrections, les boucles de rétroaction que nous avons déjà lancées peuvent donner n’importe quoi. Personne ne sait. Soyez prêt-e-s à tout.

L’inspiré-e : Plutôt que de te brancher sur Vargas et les films catastrophes, tu pourrais te brancher sur le sommet de la conscience et Coline Serreau : elle vient de publier une tribune si pleine de souffle et d’espoir !

Le consensus doctorum : Hmm, ses conceptions météorologiques sont quand même un peu fantaisistes, on n’a jamais rien observé de tel en labo, tous ces trucs sur le pouvoir de l’intention là. En revanche, j’ai lu un article fort intéressant qui croise l’anthropologie politique et l’épidémiologie sur… lundi matin ! comme quoi l’anarchisme n’est pas un frein à l’intelligence. J’aimerais bien que nos compilateur-ice-s acceptent de mettre à ce texte des notes de bas de page, afin que nous puissions citer nos sources sans alourdir le corps du texte.

L’émerveillée : ohlala les ami-e-s vous avez vu ? toutes ces séances de yoga et ces accompagnements thérapeutiques qui nous sont proposés gratuitement en ligne ! c’est merveilleux !

L’effondriste : Ouais et ça consomme à mort la bande passante. Les centres de données doivent être en train de faire fondre leur banquise puissance deux, c’est sûr. Sans parler que dans certains coins on va manquer de réseau pour les vraies urgences.

Le révolté : Ah oui parlons-en des urgences. C’est dingue ça que le gouvernement n’aborde pas les sujets essentiels. Les services sociaux sont juste débordés tout autant que les médics, voilà des années que le gouvernement aurait pu soutenir la relocalisation de la production pharmaceutique, mais non, on mise tout sur la mondialisation et quand ça pète, on fait comme si on était compétent et on s’approprie soudain les discours sur lesquels on chiait depuis des années. Aucun scrupule ! À vomir.

La sage : qui ça, « on » ?

Le révolté : Mais tu débarques de quelle planète toi ? Macron et son gouvernement évidemment. Ne me dis pas que tu ne connais même pas le nom du ministre de la santé, après trois semaines de crise corona ?

L’inspirée : Tu sais de toutes façons, il n’en a plus pour très longtemps ce ministère là, en l’état… Je pressens de gros gros changements.

le/la paniqué-e : ah non einh, ça suffit les changements. Je veux que plus rien ne change. Restez chez vous. Pourvu que ce confinement dure encore 36 semaines, j’ai trop peur de ressortir de chez moi.

2 avril 2020 L’émerveillée: J’adore la puissance de la vie, j’en reviens pas. Cela fait des années que je rêve de vivre un moment comme cela où enfin la nature retrouve un rythme qui lui correspond mieux, plus de calme, l’agitation des hommes qui s’arrête pour enfin offrir du Silence au reste du Vivant. Qui l’eut cru ? Cela m’émerveille, me rassure même « et oui, c’est bien la Vie qui décide, l’humain et sa technocratie n’a pas tout pouvoir, ça peut s’arrêter, je finissais par en douter! ». Je suis émerveillée, j’ose à peine le dire! Au moment où tellement de gens dans notre culture occidentale s’inquiètent pour leur santé, leur vie, celles de leurs proches ou leur situation économique, un arrêt de la folie de notre civilisation, des vacances, des vacances pour le monde non humain. Enfin!

 

4 avril La décharge facile (encore elle) : Ras-le-bol de ce confinement de merde, là ! meeeerde ! je m’en fous de vos règles de merde, je n’ai pas peur de votre virus là, c’est à peine si j’y crois en fait, enfin je veux bien croire qu’on a observé un petit bout d’Adn mais la façon dont ça s’incarne dans les organismes complexes nous sommes, je suis sûr que c’est lié à bien d’autres choses, saletés de saletés de rapport d’une société de merde à la santé et à la mort, vous êtes déjà crevé-e-s, qu’est-ce que vous nous faites chier ? laissez-nous vivre et mourir comme on en a envie ! ça fait trente ans que je me tue à tomber les masques, et voilà que trois cent mille guignols s’en collent de nouveaux sur le pif et me demandent de faire pareil, mais allez vous faire enculer ! je ne suis pas de votre monde, vous comprenez ? je veux vivre moi, je veux respirer tranquille, je n’ai pas peur, tu comprends ça ?

Bien plus tard Le geek : ouais, ben ça risque de t’arriver tout de suite, mon ami. Il semblerait qu’il y ait des bouts de HIV dans l’Covid. C’est passé à la radio, un prix nobel de santé antivaccinalistes et des équipes de chercheur-e-s indien-ne-s, ouais vieux ! Tu n’as qu’à taper « crèvecœur » et tu tomberas sur un complotiste de première qui m’a quand même l’air pas mal convaincant. Moi j’te dis, comme la mystique de la cordillère des Andes : la paix et l’amour, ya plus que ça de vrai. Et rayonner là où tu es. La vie sait ce qu’elle fait. Ou bien sinon tu y renonces, voilà, pas grave, bye bye, à la prochaine sur un autre plan. Ouais, ouais, je sais que je suis sur l’ordi depuis ce matin, je débranche bientôt, promis.

 

6 avril Le prophète : Nombre d’entre elles et eux ne sortiront plus jamais. Il y aura des catastrophes sans nombre, mais il y aura aussi des explosions de joie. À chaque nœud lunaire, des flopées d’âmes prendront leurs tangentes continues et celles qui resteront seront invitées à faire naviguer les corps petit à petit vers les dimensions contigues : réalisation immédiate étalée sur quelques semaines ou quelques mois encore, l’éveil collectif prend ses sources dans la prise de conscience de l’inanité totale de pans entiers de l’Histoire, qui peuvent à présent être ré-évalués à l’aune du Réel, ô être suprême inspiration vers qui tout expire.

Hey, une chouette réflexion sur l’insatiable, après avoir regardé encore un peu d’Aurélien Barreau et autres : https://linsatiable.org/Le-storytelling-du-siecle

 

15 avril

Saturation d’information de toutes parts sur le corona et ses conséquences sociales, économiques et poltiiques. Nous avons besoin de revenir au présent.
Nous gérons nos propres crises (avec B. on en sort enfin semble-t-il : aujourd’hui c’est son deuxième jour de chantier chez le frère d’A. et ça se passe bien, on a des hypothèses pour la suite).

Nous assurons les soutiens qui nous sont possibles, à grands coups d’échanges à distance. On a animé un atelier via Zoom, étonnnant !

J’aimerais bien vivre en Suède, du point de vue du système de santé et de la gestion du risque épidémique ça me conviendrait bien mieux. J’en peux plus de ce confinement qui nous encucule comme dirait gombrowicz, de faire une attestation à chaque fois que je sors pisser de l’autre côté de la route (j’exagère à peine).

Il paraît qu’en France une ordonnance en a profité fin mars pour accélérer la mise en place de la 5G, mais vous êtes bouché-e-s ou quoi les gens ?
Le réseau en place a tenu le choc du renforcement de l’usage des technologies numériques et vous voulez quand même nous contraindre encore à virtualiser davantage. Le monde est malade de ça et vous voulez lui en rajouter une couche.

Prendre le temps de soigner notre overdose informationnelle nous permet de revenir plus calmement discerner dans ce flux d’infos ce qui fait sens. Une fois écrémés toutes les paniques et les coups de gueule, entre les ceusses qui ont soudain le temps de relayer des trucs qui étaient passés inaperçus et qui sont pertinents, et le ceusses qui ont soudain le temps de prendre du recul pour proposer des lectures nouvelles de l’histoire contemporaines, il y a de la matière.

Woah, merci la Maif, je suis content d’avoir donné 30 balles au secours pop’ qui en a surement bien besoin en cette période de crise socio-sanitaire !

Nouveau concept : le confondrement. Pendant que nous confinons déconfinons, tout continue à s’effondrer, et à se confondre aussi parfois : vivons le confondrement avec discernement !

19 vertuose iel-1

Et maintenant, ça suffit. Assez d’écrire, assez de relayer des infos tout le temps.
Silence.
Silence.
Sors dans le jardin.

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