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Écologie profonde #1

J’ai décidé d’ouvrir un fil d’écriture autour du Travail qui relie, qui est au centre de mon ouvrage depuis 10 ans. J’y aborderai diverses questions liées au partage de ces pratiques et à la consolidation du « Réseau des tempêtes » que nous pouvons constituer en tant que facilitateur-ice-s en écologie profonde, accompagnateur-ice-s vers le nouveau monde humain, guides en transition vraie, etc.
Ce ne sont pas les écrits qui manquent en la matière… Tous les contenus de ce blog répondent à cela plus ou moins, ainsi que tout ce qu’on trouve dans Yggdrasil ou Passerelle Eco bien sûr mais aussi Silence ou Troisième millénaire, et bien sûr dans nombre de publications collapsosophes, biopoétiques ou permacoles. L’idée est ici de contribuer à une réflexion de fond, volontiers co-créative : nourrie en tout cas de mes propres dialogues, elle peut l’être aussi ici via commentaires et propositions.
Pour commencer avec les bases, je reprends simplement un article de Murmure des forêts, écrit tout fraîchement en préparation d’un atelier pour la Samain (et qui sera publié prochainement sur le site dédié, en cours de construction).

Nos émotions, de l’intime au collectif

Nos émotions, au cœur de nos histoires, passages incontournables qui donnent accès à nos élans de vie. Moteurs de nos actions, sources et portes de notre créativité, elle nous mettent en mouvement – comme le dit bien l’étymologie du mot (motio en latin : mouvement ou bien trouble, frisson). Sans attention ni conscience, elle peuvent aussi amener de la confusion et même freiner nos aspirations.

Comment l’émotion impacte-t-elle nos engagements ? Quelle place lui donner pour qu’elle soit au service du vivant ? Quel rôle, quelle fonction pourrait-elle avoir au sein des nouveaux modèles culturels que nous cherchons à créer ensemble ?

Les enfants naissent avec cette propension naturelle à exprimer sans limites leurs ressentis, intensément parfois plusieurs fois par jour. Que se passe-t-il par la suite pour que certain-e-s d’entre nous en arrivent à ne plus pleurer qu’à Noël ou à un enterrement ? Ou bien n’expriment ni ne ressentent plus jamais, leur semble-t-il, aucune colère ou aucune peur ?

Connaître la littérature et les sciences humaines peut nous éclairer déjà à cet égard. Pour autant une approche sensible, qui nous fait regarder avec lucidité en nous et autour de nous comment nous traitons nos émotions et celles des autres, ou simplement qui nous les fait vivre pleinement, nous semble plus fondamentale encore.

Jamais époque sans doute n’a produit autant d’intensité du point de vue émotionnel que celle que nous vivons depuis la Shoah et la guerre froide, et la possibilité que nous avons acquise de détruire toute vie sur notre propre planète. La peur de la mort qui a longtemps été l’horizon ultime de l’ego, balayée par la peur de l’extinction, horizon inouï de notre espèce : qui d’entre nous peut regarder cela bien en face ?

Si le mouvement Extinction rebellion fait de la rage un étendard au côté de l’amour, c’est sûrement qu’avec le désespoir elle est devenue une donnée basique de notre condition humaine : je ne peux plus vivre sur cette planète avec un peu de présence d’esprit sans être traversé-e de tels extrêmes. Dans le même temps, les fictions grand public du cinéma et des nouveaux médias, qui se mêlent aux actualités, ont multiplié les occasions de nous entraîner à ressentir la crainte, la pitié et tout l’éventail des passions humaines.

Il semble bien que nous ne puissions pas traiter toutes ces informations qui nous parviennent dès nos plus jeunes années au seul niveau intellectuel. Développer notre conscience émotionnelle réelle, comme on peut le faire à travers le Travail qui relie, la Co-écoute, la CommunicationNonViolente ou d’autres approches, nous aide à requestionner nos choix quotidiens et la rationalité de nos fonctionnements personnels. Cela nous permet aussi de ressentir notre commune humanité, espace inaltérable plus ou moins enfoui sous des couches de blessures et de détresses : commun sensible qui nous relie les un-e-s aux autres, en effet.

Un tel « ouvrage émotionnel » est devenu pour beaucoup d’entre nous une hygiène quotidienne nécessaire, dépassant le champ du thérapeutique. Entretenir ainsi notre équilibre et notre santé mentale nous semble en effet devenu une condition pour pouvoir nourrir des liens sains avec les institutions du vieux monde, et même aussi entre nous.

Avec cela nous pouvons espérer y voir clair dans le brouillard, et envisager collectivement les utopies d’un autre œil encore, le regard & l’esprit libéré peut-être du poids des oppressions les plus fortement et anciennement ancrées en nous. Ainsi enfin, partager le pouvoir de la joie, ce centre fragile, intime et paisible de notre expérience.

***

Sur les processus émotionnels, voir aussi le chapitre 2 du traité Socioculture et son annexe 3.

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