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Journal d’un confinement (extraits) : jours 1 à 12

Je copie ici la publication d’un couple d’ami-e-s, avec leur consentement.

Journal d’un confinement

Jour 1 – 17 mars

À midi, on a fini les courses.
Hier déjà presque tout le monde restait chez soi, on pouvait croire que le dimanche avait débordé sur le lundi, mais là… jamais eu autant l’impression de vivre une nouvelle de science-fiction.

Le monde naturel reprend son silence traversé de bruits, les couleurs sont plus vives que jamais.

Entraînement pour d’autres alertes futures à l’effondrement ?
Rumeurs de complots déjà : coup d’état en secret et vente de vaccins, observation des populations, conscience des possibles manipulations de masse à équilibrer avec la conscience de la force suprême de la vie, qui s’y retrouve aussi. Abwoon !

Quelque chose se révèle de la vérité de chacun-e : on tombe les masques.

Y. a tiré la carte du lapin pour l’humanité dans les « cartes médecines », et le lendemain à la balade avec A. elles en ont vu un, tout blanc, grandes oreilles.

« Nous sommes en guerre », et l’hélicoptère passe au-dessus de nos têtes. Ça nous rappelle des vieilles histoires de sièges et de résistance dans les campagnes.

On commence à peine à réfléchir aux conséquences diverses selon les situations : solidarités autour des personnes fragiles, angoisse terrible des personnes en détresse et habituées à certains équilibres addictifs (et ça, ça me concerne directement : B. et son amie plongent soudain), etc.

Et l’économie ? On laisse tout ça s’effondrer qui s’effondrait déjà, ayé, c’est le moment ?

 

Jour 2

« Se rassembler et agir »
Quasi-certitude : on ne reviendra pas au monde d’avant.
R. : « difficile de se projeter tellement le présent prend de la place ».

C’est comme un arrêt sur image. Les gens s’appellent et se disent ce qu’ils vivent mais c’est succint tellement tout le monde est sous le choc. Abasourdissement collectif.

Étrange, que certaines personnes ne répondent pas au bonjour ?
Sans animosité en fait : c’est la stupeur. La sidération.

Mais « les gens », nos voisin-e-s, ont commencé aussi à comprendre qu’ils avaient la possibilité de sortir pour « exercice physique individuel », en signant leur petit papier, alors il y a déjà un peu plus de monde dans la rue, dans le jardin. Les familles restent entre elles, les squares sont fermés.

Le respect de la loi est dans tous les esprits comme si on était tou-te-s sous surveillance. Il y a cette tension du risque invisible lié à l’épidémie, de la responsabilité de chacun-e. Ça crée une certaine façon de se regarder les un-e-s les autres : potentiel transmission d’un virus.

Les gendarmes patrouillent à moto, et l’hélico kaki vole bas, juste au bord de la mer.

L’histoire intime joue comme des échos de l’histoire collective, différemment pour chacun-e. Ici j’ai ramené B. chez moi, qui dort seize heures de rang.

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Guerre et paix (2.1)

« Nous sommes en guerre » a martelé le président de la république française lundi soir. Des hélicos kakis patrouillent partout, on vérifie les laisser-passer et 60 millions de personnes sont assigné-e-s à résidence : depuis cette « dernière guerre » dont mes parents se souviennent à peine, rien de tel ne s’était imposé à nos peuples, en effet.

Ennemis… intérieurs ? un nouveau virus ? l’indiscipline ? le doute ? la rationalité ? la peur ?

Tandis que l’épidémie peine à atteindre le dixième du bilan d’une grippe saisonnière*, elle explose pourtant les records de panique et épuise pour de bon les personnels de santé du fait de sa ponctuelle et intense dangerosité, et de sa vitesse de propagation.
Ce sont surtout les informations et les opinions qui guerroient, une fois de plus – et c’est un sacré exercice mental que de ne pas s’y perdre. Quant à s’y retrouver vraiment tout à fait, ça semble impossible encore : qui pourrait prétendre avoir une vue d’ensemble ici** ?

Dans le même temps, en réduisant toute activité à l’essentiel vital, le confinement offre enfin à nos cœurs et à nos terres ce à quoi iels aspiraient depuis si longtemps, de plus en plus fort : une paix singulière se répand, urbaine et campagnarde. Revoilà le silence et le cri de la chouette jusqu’aux abords des villes ! Revoilà l’ennui possible et le temps de jouer avec les enfants ! Revoilà le ciel pur et les couleurs du printemps.

Je me doute qu’il y a aussi bien des cris dans les chaumières, des télés allumées en permanence sur l’agitation artificielle classique des êtres humains. Il y a bien encore les pires moteurs de l’industrie en fonctionnement, morts chimiques, désolations mécaniques et horreurs nucléaires.
N’empêche, l’invitation à la paix des familles, à l’introspection dans la solitude, à la solidarité même dans l’épreuve : jamais ça n’a été aussi franc, de la part d’un système économico-politique dont ce n’est habituellement pas le fort.

Nous voilà pris-e-s au dépourvu par un mouvement inouï de l’histoire.

So what ? Qu’est-ce qu’on en fait ? De quel recul avons-nous besoin pour nous positionner collectivement avec toute notre intelligence – et ce, dès à présent, et quelles que soit les ficelles et les devenirs de cette « interruption » ? Reviendrons-nous au monde d’avant ? Tout change tout le temps, oui mais comment ? N’est-ce pas comme toujours en tout cas à écrire encore, avec notre foi et notre amour – quelles que soient leurs couleurs ? Lire la Suite

Pause : regardons l’horizon

Quoi de mieux qu’un « état d’urgence » de ce genre pour lire de la poésie, faire l’amour et la sieste, et surtout la révolution encore et toujours ? Et soutenir les personnels de santé et nos voisin-e-s bien sûr – à moins d’en être nous-mêmes.

Non sans oublier aussi de suggérer à toutes les assos quand même de faire leur possible pour récupérer les stocks périssables des magasins verts et des bars-restos ! C’est la bonne saison pour planter et célébrer.

L' »effondrement » a démarré il y a bien des années – sinon des siècles. Les aborigènes n’ont pas attendu que l’Australie brûle pour le ressentir, idem au Bangladesh, au Laos ou en Argentine.

L’émergence continue. Renouveau partout ! Le printemps du monde…

Et ces jours-ci, avez-vous vu ? C’est comme si beaucoup de gens se mettaient à dire la vérité. Et c’est l’état qui l’impulse, contraint par un virus que je bénirais sans doute s’il ne mettait pas la vie de quelques parents et ami-e-s en danger (la mienne, j’en ai cure).

Ce que nous devons prendre soin de guérir surtout, c’est la violence issue de la peur. Rien de mieux pour soigner la peur que de faire du shaking à la maison, où quand c’est possible « pour exercice physique » de marcher dans la nature… Et même, de se dire bonjour au moins, quand on se croise… en respectant avec attention les consignes d’hygiène et les distances de sécurité.

La force et la paix, c’est ce que je nous souhaitais pour cette année déjà, aux réveillons autour du dernier solstice.

Courage et amour à présent, vers l’équinoxe !

J’ai la voix de cet excellent chanteur poète et guitariste français dans la tête : « Pause, c’est fini ! c’est fini… »

Regardons au loin : de nouveaux horizons.

 

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